Asie / Laos

La Route

J’ai fait une étrange découverte ces derniers jours. J’ai découvert un breuvage pire que le Nescafé 3 en 1. C’est dur à croire, mais ça existe. J’ai découvert le café laotien. Avant d’y goûter, je me disais que c’était l’appellation du grain de café, comme l’Arabica. En fait non, c’est du café instantané avec… du lait condensé. Un bon 5 cm d’épaisseur de lait condensé qui baigne dans le fond du verre. Si vous mélangez (c’est quand même ça le concept), vous aurez du mépris considérable envers ce café. Une véritable déception matinale! Vous aurez une pensée pour Gino Chouinard qui boit son café à Salut Bonjour! Vous réaliserez que ayoye-c’est-tu-juste-ça-mon-problème-aujourd’hui-un-café-avec-du-lait-condensé-wow-maudit-que-j’suis-ben! Donc, attention, si vous voyez un stand vendant du café laotien, vous serez au courant. Encore pire, un stand qui vend du café laotien par Sill Vang Kho Seth, l’alter ego laotien de Sylvain Cossette.

Où étions-nous rendus déjà? Attendez, je vais aller lire le dernier article. Durant ce temps, allez vous acheter du lait condensé pour vous faire un café laotien. Pas game!

(5 minutes plus tard)

Pas grand monde qui s’est fait un café laotien à ce que je vois. Maudit que vous êtes pas ouverts d’esprit! Bon, revenons au pourquoi j’écris et au pourquoi vous me lisez.

Donc, nous avons pris un bus de Nong Khiaw pour Luang Prabang. Il n’y avait pas de bateau finalement. Même si la plupart des gens rencontrés dans le bus voulaient y aller en bateau, le gars au guichet n’a pas fait l’effort de faire en sorte que notre désir commun se réalise. Mais bon, c’est ça l’Asie!

À notre arrivée à Luang Prabang, on a remarqué assez rapidement l’héritage de l’occupation française à l’époque de l’Indochine. Les constructions coloniales et les enseignes bilingues en Lao-Français dévoilent un exotisme particulier. C’est facile d’imaginer l’époque où les Français ont construit leurs bâtiments en plein milieu de la jungle en bordure du Mékong, dans le royaume du roi Sisavang Vong. Vous sentez l’Indiana Jones monter en vous? Il faut se rappeler que Luang Prabang est une ville protégée par l’UNESCO, donc la plupart (la presque totalité) des bâtiments français a été restaurée et est protégée. Pis en plus, le gaz chez Unesco est pas cher. Quoi? Qu’est-ce que tu dis? L’UNESCO c’est un organisme qui protège le patrimoine mondial!?!? T’es sûr? Parce que je sais pas si tu te souviens de l’annonce : « Viens tanker chez Unesco, on va te donner des verres à bière avec la face de Marguerite Blais dessus! » Tu t’en souviens pas? T’es sûr que c’est un organisme? Tu penses que je me mêle avec Sunoco? Sunoco, Unesco, Texaco, c’est toute la même chose! Donc, selon toi, ça veut dire que l’UNESCO protège les verres à bière avec la face de Marguerite Blais dessus? En tout cas…

On a fait notre visa pour le Vietnam, on a trouvé des vêtements chauds (merci Jean-Marc et Pascale pour le don de gants, d’un polar et d’un beau et fashion manteau rose et mauve!), on a assisté au dernier soir du Festival du Film de Luang Prabang (on a eu la chance de visionner un film thaï sous-titré en anglais sur un écran extérieur), on a été à l’hôpital pour mon dernier vaccin contre la rage, et on a fait faire notre lessive, enfin!

Jean-D qui attend son vaccin contre la rage

Jean-D qui attend son vaccin contre la rage

On a aussi revu nos amis : Nzoua, Baauw et Oma, la mère de Nzoua. Nous étions heureux de les revoir. Baauw resplendissait par sa joie d’avoir des vacances, elle découvrait son pays. Vous savez la chanson « I’m so excited but I can’t juste hide it »? Ça aurait pu être sa « toune »! On a rencontré deux autres Hmongs, Saiman et Vaj. Ils viennent d’un village parrainé par le Project Kajsiab et ont travaillé tous les deux à la Daauw Home. Et là, ils vivent et étudient à Luang Prabang. Saiman veut devenir professeur, Vaj veut devenir chimiste, ils parlent un excellent anglais. Ils sont déterminés, et ça nous a fait plaisir de voir des résultats concrets du Projet Kajsiab.

Baauw et Do en habits traditionnels Hmongs

Baauw et Do en habits traditionnels Hmongs

Avec eux, nous sommes allés aux chutes Kuangsi, à 30 km de Luang Prabang. Après des heures de conduite à travers le pays, Nzoua était un peu tanné d’être au volant et devinez qui parmi tous ces gens était le seul qui savait conduire manuel? Moi! J’étais « l’Élu du Pick Up »! C’était vraiment cool de conduire dans ce chaos avec 2 Hmongs dans la cabine, et 4 Hmongs et ma blonde… dans la boîte. Comme le dicton allemand le dit : « Au Kiwi et des Hommes, on fait comme Francis Reddy. Au Laos, on fait comme les Laotiens. »

Après les superbes chutes (car oui, elles étaient magnifiques), nous sommes arrêtés chez Vaj. Il habite dans un petit appartement dans un quartier populaire de Luang Prabang. Premier constat, il n’y a pas de meubles, même pas de lit, seulement un tapis en paille qui lui sert sûrement de lit. Il vit seul dans un 2 pièces. Mettons qu’on était loin des pubs de Brault et Martinault!

On a quitté Nzoua et toute la bande à Luang Prabang. Encore là, ça a fait un pincement.

On est heureux d’avoir croisé ces gens durant notre voyage. Malgré ses 5’3", Nzoua est un grand homme. Il est l’exemple concret qu’il y a du bon partout dans le monde. Il se tient debout. Il est l’espoir de plusieurs Hmongs, le futur d’un peuple. Il a choisi sa vie et les responsabilités qui viennent avec. Nzoua, c’est un sacré bon gars!

**********

LA ROUTE

Outre les visites dans les marchés, le meilleur moyen de découvrir un pays se passe sur la route. Car sur la route, on voit les paysages, les villages, les gens, les villes, les moyens de transport… Et au Laos, on est gâté par ce qui s’y passe. Pas besoin d’aller bien bien creux pour voir du pays. Il faut savoir que le Laos est un des pays les plus pauvres au monde, qu’il est très rural et que sur son territoire il y a plus de 30 % de UXO (Unexploded Ordnance ou munitions non explosées; plus de détails dans le prochain article). Malheureusement, le pays ne se développe pas comme ses voisins.

Avec toutes ses montagnes, les routes nationales sont très sinueuses. De plus, je crois qu’il y a assez de nids-de-poule pour toutes les poules du pays et des pays voisins. Il n’y a pas beaucoup de routes alternatives, on n’a pas le choix de les utiliser pour se rendre à destination. L’asphalte laisse souvent place à des chemins de terre. Donc, parcourir 50 km est très fastidieux et peut prendre plus de 2 heures. Il ne faut pas avoir le vertige, car la route n’est pas large, d’un côté il y a la montagne, et de l’autre c’est le vide… Avec tous ces éléments, les Laotiens construisent leurs villages sur le bord de la route; maisons en bambou et en bois de grange. Les infrastructures sanitaires sont assez précaires, la plupart des villages n’ont pas d’aqueduc. Les villageois se retrouvent donc tous au même endroit pour se laver à la seule source d’eau disponible située sur le bord de la route. Les plus grosses villes ont une architecture plus solide : les maisons et les bâtiments sont en pierre, en brique et en béton. Ces villes sont toujours situées dans les vallées.

Sur la route, vous retrouverez des fermes entières. Poules, cochons, canards, chiens, chats, chèvres, vaches, buffles y circulent librement. S’il existait un système de pointage pour chaque animal, dans lequel une poule vaut 2 points, un chien vaut 5 points, etc., notre dernier chauffeur de bus aurait fait 7 points… Cœurs sensibles s’abstenir!

La route est un endroit pour s’amuser, pour discuter et pour manger. Bref, la vie sociale s’y passe. Malgré la circulation, les enfants jouent, les gens mangent, certains sont assis par terre. Oui, oui, sur la route! Elle sert aussi de garage; on voit des gens qui y réparent leur véhicule, parfois le moteur est en pièce détachée sur la chaussée. Les distances entre les grandes villes sont énormes; ce n’est pas rare que des gens arrêtent pour dîner, certains installent même des tables sur la voie.

Et comme dans plusieurs pays, il y a les véhicules qui te font dire « Ayoye, c’est quoi ça ? » ou bien « Comment ça fait pour encore rouler? » ou « Dégueulasse, ça pollue en sale ». Il y a aussi le traditionnel pick-up surchargé de stocks et de gens et le gars en scooter avec trop de poches de riz.

Vous voulez voir du monde tout nu? Venez sur la route du Laos, il y en a en masse. Vous voulez voir les habitants avec leurs costumes traditionnels? Venez sur la route du Laos, il y en a en masse. Ce qui est bien sur la route, c’est que l’on apprend que ces habits ne sont pas que pour faire de belles photos avec les touristes dans les lieux touristiques, ils les portent vraiment!

Bien sûr, il y a les fameux « Check point » de police. Ça ne sert à rien de les craindre, ou d’avoir peur qu’ils nous soutirent de l’argent. Au contraire, les policiers essaient de parler en anglais et de te faire une « joke »! Ou ils se fichent de toi complètement (la plupart du temps).

Pour ceux qui recherchent la fameuse « authenticité », la route est une excellente manière de la voir. Soyez patient! Car c’est long et inconfortable. Mais ça vaut le coup. Pour être aux premières loges, choisissez les sièges d’en avant, ou, encore mieux, trouvez-vous une boîte de pick-up.

Je croyais que le Honduras remportait la palme des routes les plus chaotiques que j’avais vues, mais je me trompais. C’est le Laos qui gagne… pour le moment! Sauf que les routes laotiennes ont été les plus révélatrices du mode de vie local. Disons que ce n’est pas sur les routes du Québec qu’on peut vivre une expérience extrême comme ça, et c’est tant mieux! Je ne le dirai jamais assez, on est chanceux d’être nés dans la bonne partie du monde!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s