Asie / Laos

Les Hmongs

Nous voilà au Laos. En ce moment même, je suis dans un hamac à Nong Khiaw, sur le bord de la rivière Nam Ou qui est bordée par des montagnes gigantesques de calcaire. Il fait froid, et c’est pas des blagues. On a passé 4 jours à lire, à s’étendre sur les hamacs, à manger de la bouffe indienne et à boire du whisky de riz laotien avec nos nouveaux amis Suisses Jean-Marc et Pascale. Et là, on s’apprête à prendre un bateau pour Luang Prabang. (En espérant qu’il y ait minimum 16 personnes pour prendre le bateau, s’il en a 15, on ne part pas, on doit attendre, et sinon on devra se rabattre sur un bus; c’est notre routine, quoi! Certains se stressent dans le trafic, d’autres pellettent de la neige, nous, on attend et on rit!) À Luang Prabang, on aura un horaire très chargé : visa pour le Vietnam, vaccin contre la rage, acheter des vêtements chauds (il fait froid), lavage. Le lavage, le fameux lavage! Car un moment donné, même si on lave notre linge à la main, ça fait du bien une bonne odeur de lessive. Tous les voyageurs à petit budget le diront, la lessive c’est un luxe! Mais un luxe si réconfortant! Vous, qui avez une machine à laver, vous ne réalisez pas la chance que vous avez, ni la joie que nous avons à sentir un chandail fraîchement sorti de la sécheuse et bien plié après 4 semaines, ça nous rappelle notre mère!

Aussi, à Luang Prabang, nous allons rejoindre nos nouveaux amis Hmongs. Et nous irons voir l’architecture de la ville, héritage de l’occupation française. Et nous irons voir des chutes. Voilà, bonne journée! C’est tout pour aujourd’hui, allez travailler, il y a plus rien à lire!

Allez, vaquez à vos occupations! Y a plus rien à voir! Attendez pas que je me fâche…

Vous êtes encore là!?!?!?!…

Quoi?… C’est quoi l’histoire du vaccin de la rage à faire à Luang Prabang?… Vous êtes donc bien curieux, je vous demande-tu, qu’est-ce que vous avez soupé hier soir? Votre salaire annuel? Vos couleurs de sous-vêtements?…

Ok, ok, voilà, je vous raconte : c’était en Thaïlande, à Lopburi, la fameuse ville des singes. Un singe a mordu Dominique. On reconnaît que c’est un peu de notre faute. Lorsque nous sommes allés visiter la ruine, à l’entrée du site, on pouvait acheter du maïs et du jus sucré pour nourrir les fameux macaques résidents. Alors ils nous montaient dessus, jouaient avec nos cheveux, faisaient des acrobaties sur nous, tout ça pendant qu’on les nourrissait. Malheureusement, deux singes se battaient pour le sac de jus sucré que Do avait. Le sac a éclaté et tout le liquide l’a aspergé. Un singe a senti le jus sur sa peau et il l’a mordue. Comme dit ce vieux dicton mexicain : « Mieux vaut se faire mordre par Guillaume Lemay-Thivierge que par un macaque. » C’était un peu la galère, les touristes autour de nous exagéraient trop la chose tandis que les Thaïs étaient trop calmes, car ils ont tous été mordus plusieurs fois et ils n’ont jamais rien eu. Mais on a écouté notre petite voix et on a fait connaissance avec le système de santé thaïlandais. Le diagnostic : pas de rage, mais comme précaution, le docteur nous conseille de faire les 5 injections post exposition nécessaires, réparties sur 30 jours. Le verdict : le système de santé thaïlandais est rapide et efficace, les hôpitaux ne sont pas des « shacks » en bois dans le milieu d’un champ. Le prix : nos assurances couvrent les frais, car c’est un accident, mais pour 5 injections, c’est environ 250 $. Et là, je vais détruire un autre mythe à propos du vaccin de la rage : les aiguilles ne sont pas énormes, et il ne faut pas se faire piquer dans une fesse ou dans la gorge ou autre place exotique du corps. Juste dans le bras, c’est plate de même. Après cet incident, on a décidé que j’allais prendre les 3 doses pré exposition réparties sur 28 jours; j’ai déjà fait 2 injections en Thaïlande et je dois faire la 3e à Luang Prabang. Le prix au Canada : 900 $. Le prix en Asie : moins de 100 $. Inquiétez-vous pas, le vaccin n’est pas du Kool-Aid, les docteurs et le personnel ne sont pas les bouchers du village et on a fait nos recherches comme des grands (merci à la Clinique du voyageur du CHUM)! Prenez note que les singes de Lopburi ne sont pas agressifs, ceux qui vivent dans la ville ne s’intéressent pas aux humains, ceux dans les ruines sont habitués avec nous, il faut juste se rappeler que les singes restent des animaux, et qu’il faut être prudent.

Voilà, c’est tout, bonne journée!….

Quoi encore?

C’est quoi un Hmong?… Sérieux, vous êtes vraiment pire que des enfants : toujours des questions! Pourquoi ci? Pourquoi ça?

Ok, c’est bon, vous avez gagné:

LES HMONG

Aussitôt arrivés au Laos, nous avons sauté sur l’occasion d’aller faire un peu de bénévolat. Nous sommes restés 5 jours à la Daauw Home, dans le cadre du Project Kajsiab. Ok, j’explique, inquiétez-vous pas, tout ça à rapport avec les Hmongs, et non avec Pierre Curzi (je comprends pas pourquoi Pierre Curzi aurait un rapport avec ça, si j’avais parlé des Filles de Caleb, peut-être, mais là, on parle pas de ça).

Voici un résumé, leur histoire est complexe, car c’est très politique. Les Hmongs font partie d’un peuple ethnique d’Asie, qu’on retrouve en Chine, au Vietnam, en Thaïlande, en Birmanie et au Laos. La population Hmong représente 8 % de la population laotienne, donc environ 400 000 individus. (Ils sont près de 9 millions en Chine.) Au Laos, un lourd passé hante leur rapport avec les Laotiens. Lors de la Seconde Guerre mondiale, ils aidèrent les Français à tenter de libérer le Laos du régime communiste. Ils combattirent encore aux côtés des Français lors de la guerre d’Indochine. Il y a ensuite eu la (non) fameuse US Secret War où les Américains ont formé des soldats Hmongs pour combattre la présence de l’armée nord-vietnamienne au Laos. Lorsque le parti communiste prit finalement le pouvoir du Laos, les Hmongs se sont fait reprocher d’avoir trahi le peuple laotien. Il y a eu des représailles, ce qui reste un sujet très tabou au pays.

Plusieurs Hmongs vivent dans des villages montagnards sans eau ni électricité. Ils tentent de survivre avec leur récolte de riz. Mais la pauvreté est frappante. C’est là que le Project Kajsiab entre en ligne de compte. Tout ça est né de Lara Picavet et de Nzoua Vue. Lara est Hollandaise et Nzoua est Hmong. Ils se sont mariés. Ils ont décidé de créer un projet pour venir en aide aux Hmongs, mais plus particulièrement pour faciliter l’indépendance des femmes Hmongs. Les gens de cette minorité ne sont pas riches, car à part la culture du riz, il y a peu de ressources. Donc, si les hommes sont occupés à la rizière, les femmes peuvent apprendre à apporter un revenu de plus. C’est la vision de Lara et de Nzoua. Ils ont alors inauguré la Daauw Home qui est une guesthouse et un restaurant gérés par quelques Hmongs. Daauw est la sœur décédée de Nzoua, morte d’une maladie anodine qui aurait pu être évitée s’ils avaient eu accès aux ressources nécessaires. Tout l’argent récolté permet la réalisation de quelques projets dans 4 villages, dont un système d’aqueduc et la construction d’écoles. Si vous passez par là, c’est à Houay Xai. L’ambiance du restaurant est comme nulle part ailleurs, c’est un endroit où on est bien, où on est comme chez soi.

Nous avons réussi en 5 jours à nous faire des amis et à mieux connaître leur culture. Nous mangions tous les repas en « famille », les plats au milieu de la table, avec nos mains et du sticky rice en quantité industrielle. Nous avons aidé à peinturer des murs, à vernir des meubles, à démolir, à leur apprendre l’anglais, à jouer avec les enfants, à aider dans le restaurant, à faire la vaisselle, à confectionner du savon, à aller faire de la pub dans la ville, etc.

Voici l’histoire de quelques Hmongs de la Daauw Home:

Boun Chan et Zjone : un couple Hmong ayant un enfant nommé Joshua âgé de quelques mois. Zjone est la sœur de Nzoua. Elle a 20 ans. Boun Chan a 22 ans. Zjone est l’hôte du restaurant et entre deux allaitements, elle vous servira votre bière! Boun Chan est le serveur du restaurant. Son objectif ultime : parler anglais. Il suit des cours du soir et Zjone est très fière de son mari, ça se voit dans ses yeux.

Jessi : jeune homme de 16 ans. Il est le cuisinier. Ses parents sont très vieux et vivent dans les montagnes. Ils cultivent le riz, et mangent leur récolte. Ils ne vendent pas. Donc, ils n’ont pas de revenus. C’est un cercle vicieux. Jessi a un objectif clair: aller à l’école. Par contre, ça coûte 1 800 000 kips (238 $ CAN) pour une année. Il a donc dû arrêter l’école afin de travailler pour économiser. C’est moins cher que le compte du câble/internet/cellulaire pour un mois au Québec… Seulement 240 $ pour étudier! Un noût ridicule pour nous, mais colossal pour eux. C’est le prix des 5 injections contre la rage de Dominique!

Baauw : elle a 25 ans et est mère d’une fillette de 4 ans. Son mari l’a quittée. Dans son village, c’était très mal vu, mais par chance, la Daauw Home l’a accueillie. Elle est la responsable de la cuisine et adore son travail. Son rêve : ouvrir un café dans la ville de Huay Xai. On a été témoin de sa première semaine de vacances payée (du jamais vu au Laos) , car on était avec elle.

Nzoua : le fondateur. Il est l’espoir. Il est né dans la jungle et il y a vécu. Il est marié avec Lara et ils ont 3 enfants. Il a un grand cœur. C’est LE gars à connaître au Laos. Ses parents vivent au Daaw Home avec ses frères et sœurs (le plus jeune doit avoir 4 ans). Sa mère doit avoir dans la quarantaine, mais la vie est tellement dure, qu’elle a l’air d’en avoir 75. Et quand son père t’aime bien, il te donne un shooter de son alcool (oui, oui, un alambic). Je pensais devenir aveugle! Nzoua, c’est lui qui nous a amenés à Nong Khiaw, dans sa boîte de pick-up. Un petit 12 heures dans une boîte de pick-up, ça vous le dit? C’est mieux qu’Air Transat… Il nous a proposé un itinéraire pour le Laos différent de ce que nous avions prévu. Il connaît le Laos, c’est son pays! Et là, on va le rejoindre à Luang Prabang.

Ces gens sont si attachants. On a travaillé, on a mangé, on a ri, on a célébré avec eux. Une amitié s’est construite, une confiance entre nous s’est installée. Quand fut le temps de les quitter, on a eu un gros pincement au cœur, car on ne sait pas si on les reverra un jour. Nous espérons que leurs projets les aideront à avoir un meilleur avenir pour eux et pour leurs enfants. Ils sont bien partis!

Voilà! C’était les Hmongs!

Donc, à Luang Prabang, nous allons rejoindre Nzoua, Baauw et la mère de Nzoua, car on s’était laissé ici à Nong Khiaw : ils ne sont pas restés, car ils allaient à Phonsavan pour célébrer le Nouvel An Hmong.

Bon, c’est tout! C’est correct pour vous, ou vous avez d’autres questions?

Ok, je peux aller attendre mon bateau?

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2 avis sur « Les Hmongs »

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