Asie / Laos

La Guerre Secrète

Bon, soyez réveillés ce matin (ou cet après-midi ou ce soir), car le sujet d’aujourd’hui est un cours d’histoire accéléré sur le Laos, mettant en vedette des communistes, des Américains et des Viêt Cong. Donc, avant de commencer, on va y aller léger. Comme ça le temps des Fêtes est passé! Pas trop de chicane avec matante Janine? Mononcle Raoul était pas trop saoul? Les résolutions cette année? La dinde de matante Ginette pas trop sèche? Pis Ciné-Cadeau a passé les mêmes classiques de notre enfance? Astérix a pété des yeules de Romains encore cette année? Garfield a sacré Odie en bas de la table comme d’habitude? Charlie Brown s’est posé les mêmes questions existentielles? Pis la brosse du Nouvel An? Haaaaa, il est fini ce temps-là, après tout, on a pu 20 ans! Avez-vous ri comme la première fois en écoutant Le Sapin à Des Boules? Pis La Guerre des Tuques, toujours aussi bon? Pis comment allait Daniel Blanchette de Victoriaville? En parlant de la Guerre des Tuques, lors de la Guerre secrète des États-Unis, les Américains auraient dû se dire : « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal! »

Avant de commencer, soyez avisés que je ne suis pas historien, je n’ai pas l’étoffe de Jacques Lacoursière. J’ai tenté de vulgariser un moment de l’histoire et ses grandes lignes. Bon, ok, vous êtes prêts? Ça commence!

Après avoir trop bu de café laotien, nous avons quitté Luang Prabang pour aller jusqu’à Phonsavan et ensuite nous rendre à Sam Neua. À Phonsavan, c’est impossible de nier l’existence d’une guerre d’un passé pas très lointain. Les cuillères des restaurants sont faites de métal recyclé de bombes. Et plusieurs obus sont utilisés dans la décoration. La question à 100 piasses : mais que s’est-il donc passé ici?

Hé bien, pendant que notre Québec se révolutionnait tranquille, l’Asie du Sud-Ouest bouillonnait. Après la Seconde Guerre mondiale, un climat de guerre froide est apparu entre les Américains et tous les pays partisans du communisme dans le monde. Cette guerre secrète s’est déroulée en parallèle avec la guerre du Vietnam.

Les Français se sont fait sacrer une sale volée lors de la guerre d’Indochine (1946-1954), ce qui a permis au Laos, au Cambodge et au Vietnam de devenir des états indépendants à part entière.

Au nord du Vietnam, Ho Chi Minh était le leader du parti communiste depuis 1945. Au sud, le parti nationaliste soutenu par les Américains est apparu en 1956. Ce qui a créé une ambiance pas trop « cœur-arc-en-ciel-magie-amour-joie-bonheur-Câlinours » dans le pays.

Depuis 1953, une guerre civile sévissait au Laos. Le Pathet Lao, parti communiste laotien, connaissait une ascension fulgurante dans le nord du pays et s’opposait à la monarchie du royaume. (Pathet Lao, bien que ça sonne Patate Lao, n’était pas une gang de Monsieurs Patate qui pouvaient changer de bouches ou d’oreilles, c’étaient des communistes, donc c’est évident qu’il n’existait qu’un seul modèle!) La Thaïlande s’était libérée de l’emprise japonaise après la Deuxième Guerre mondiale, et était alliée des Américains. (Ce dernier détail est très important pour la suite des événements.)

Faque ça a pété en 1960 au Vietnam. Malgré la présence des Nord-Vietnamiens dans le nord du Laos, le pays a été déclaré zone neutre. Donc, ni les Vietnamiens ni les Américains n’avaient le droit d’y entrer. Par contre, la fameuse Ho Chi Min Trail qui permettait aux Nord-Vietnamiens de ravitailler leurs troupes qui se battaient au sud passait en majeure partie dans le Laos. Heureusement, pour eux, leur leader n’était pas Sylvain Cossette, sinon elle s’appellerait la Sylvain Cossette Trail et l’hymne national du pays commencerait par « Pas de besoin de frapper pour entrer chez moi ».

Bon, voilà, les cartes étaient placées! C’était le bordel! Pendant ce temps, au Québec, la construction du métro de Montréal débutait et le pont Champlain était inauguré. Certains pays se détruisaient, d’autres se construisaient. (Sauf que même s’il n’y a pas eu de fameuse guerre Brossard-Verdun entre 1990 et 2013, le Pont Champlain est quand même considéré comme zone de guerre en 2014.)

Donc, les Américains se sont battus aux côtés des Sud-Vietnamiens. Certains avions de guerre américains étaient basés en Thaïlande. Les avions chargés d’obus allaient bombarder la Ho Chi Minh Trail, au sud du Laos, pour empêcher les troupes du nord à atteindre le sud. Mais comme ils étaient surchargés de bombes, c’était trop dangereux de retourner à la base ainsi. Alors que faire avec les bombes qui restaient? Pourquoi pas aller bombarder le nord du Laos, afin d’éliminer le Pathet Lao? Comme ça, pas de gaspillage de bombes. Une pierre, deux coups. C’est ça la Guerre secrète des États-Unis!

Durant cette Guerre secrète, les membres du Pathet Lao et la population vivaient dans des grottes dans les pics rocheux de calcaire. Certains vestiges peuvent être visités dans la ville de Vieng Xai, tout près de Sam Neua où siégeait le parti pendant les bombardements. Dans ces immenses cavernes, ils ont érigé des hôpitaux, des théâtres, des maisons, etc.

En 1975, la guerre du Vietnam s’est terminée, Ho Chi Minh a gagné, les Américains se sont retirés. Le Pathet Lao a obtenu le pouvoir du Laos et a réprimandé les Hmongs qui ont combattu aux côtés des Américains et les considérait comme des traîtres. Plus de 300 000 individus se sont cachés dans la jungle laotienne; malheureusement, on parle ici d’un génocide des Hmongs. Pendant ce temps, en 1975, au Québec, Radio-Québec entrait en onde, le salaire minimum était de 2,60 $ de l’heure et tout le monde s’obstinait pour savoir qui va assumer la dette des Jeux olympiques de Montréal.

Les dommages collatéraux que cette guerre secrète a laissés au Laos sont choquants. Plus de 30 % des bombes lancées n’ont pas explosé. Ce qui crée un énorme problème sur le territoire. Un climat de peur se sent encore dans le pays. À cause de ces UXO (unexploded ordnance, munitions non explosées), les gens craignent de défricher plus de terre pour la culture, ce qui augmenterait leur production. Ce qui leur permettrait de faire plus d’argent. Le salaire moyen d’un habitant par jour est de 1,25 $. Moins que le salaire horaire minimum de 1975 au Québec. Cette guerre continue son mal après tant d’années, ne permettant pas aux gens d’avancer, de construire et de prospérer. Le Laos semble être pris dans un cercle vicieux; les gens cultivent le riz, ils le mangent, ils cultivent le riz, ils le mangent, ainsi de suite. Faire un simple feu peut être parfois dangereux, car une bombe peut se trouver en dessous. Parfois, les UXO explosent soudainement, faisant encore des victimes. Parfois, les gens se retrouvent handicapés, et malheureusement, ils n’ont pas d’aide du gouvernement. Ils doivent se débrouiller pour se nourrir malgré leur sort. L’objectif du Laos pour 2020 est de ne pas se retrouver dans les 20 pays les plus pauvres…

Heureusement, il y a l’organisme MAG qui s’est engagé à détruire les UXO sur le territoire. La seule manière de s’en débarrasser, c’est de les faire exploser. MAG a aussi comme mandat de former des Laotiens au déminage. Imaginez ce que ces bombes doivent dégager comme émanations toxiques dans le sol depuis plus de 40 ans. Malheureusement, la guerre aux UXO ne fait que commencer.

En 2014, au Laos, en ce moment, on fait péter des bombes vieilles de 40 ans. En 2014, au Québec, en ce moment, on s’obstine sur le Bye Bye (ou sur le Canadien qui fera pas les séries), est-ce que je me trompe? Maudit qu’on est bien! Le réalisez-vous?

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Le Laos selon Partis Ailleurs

On a passé 23 jours au Laos. On a fait de belles rencontres. On a découvert un sacré beau pays. Un pays qui nous a bousculés dans nos valeurs. On a découvert des gens fiers. Les Laotiens sont formidables. Au Laos, il n’y a pas de stress, ça ne sert à rien de presser tout le monde, ici, faut juste vivre comme si on n’a pas d’horaire. Comme en anglais : « Just go with the flow! »

D’un autre côté, les gens d’ici sont tellement gentils et ils veulent que tout le monde soit heureux, ça donne l’impression qu’ils se font manger la laine sur le dos depuis longtemps. Les Chinois se servent dans leurs ressources naturelles comme si c’était un buffet chinois (sans mauvais jeu de mots), les Vietnamiens ont une très forte influence politique, et la Thaïlande semble être l’opposé total du Laos, le genre de beau gars trop bon, trop cool et trop gentil au secondaire qui est meilleur que toi dans tout. On a déduit ça selon ce que les Laotiens et les Hmongs ont raconté, ainsi que par rapport à cette guerre secrète et tout ce qui en découle. Mais c’est sûr qu’en 23 jours, c’est difficile de se faire une bonne idée d’un pays qui possède un si lourd passé moderne.

Le Laos est un pays splendide. C’est sûr que ce n’est pas comme la Thaïlande qui a très bien su nous divertir. Mais le Laos a su nous émouvoir. Malgré un héritage colonial français facilement observable et des paysages à couper le souffle, le Laos est peut-être moins excitant que ses voisins. Pour contrer cela, il suffit d’ouvrir les yeux et de parler avec les Laotiens. Parce que nous, le Laos, on l’aime d’amour!

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