Asie / Vietnam

Le Troupeau

Après être tombés en amour avec le nord du pays et avoir été charmés par l’intensité vietnamienne, dans les transports locaux et avec les Vietnamiens eux-mêmes, nous sommes entrés malgré nous dans le fameux circuit touristique vraiment trop rodé. Le problème c’est que même si ces circuits offrent les beaux paysages, la bonne bouffe et la belle architecture (bon ok, on avoue que juste ça c’est quand même pas SI pire), le dépaysement n’est pas vraiment au rendez-vous. Car après tout, des belles montagnes, on peut en trouver n’importe où. Donc, dès leur arrivée au pays, les touristes peuvent être pris en charge jusqu’à la fin et sont instantanément mis dans des quartiers ghettos remplis d’hôtels, de bars et de restaurants à saveur occidentale. Vous y retrouverez peu de Vietnamiens, à part ceux qui y travaillent.

Sur les forums de voyageurs et sur plusieurs blogues, le Vietnam n’a vraiment pas une bonne réputation. La rumeur court que la majorité des visiteurs n’ont qu’un seul désir : se sauver en courant. Pourquoi? Plusieurs gens n’ont pas apprécié le pays, car ils ont senti que les Vietnamiens les arnaquaient en chargeant des prix plus chers et ne les ont pas trouvés sympathiques. Et selon moi, les transports, les compagnies de tours organisés et surtout ce qui gravite autour jouent un très grand rôle dans cette perception.

Tout d’abord, ça commence avec les bus Open Tour. Comment ça fonctionne? Bon voilà un exemple typique basé sur une (très plate et sans rebondissement) histoire vraie (la nôtre) : tu es à ton hôtel à Hue, tu veux aller à Hoi An. Tu dis au personnel de l’hôtel que tu veux un bus pour ta destination choisie, donc ils achètent ton billet pour toi. (Tu peux passer aussi par des compagnies de tours organisés.) Le lendemain matin, l’autobus vient te chercher à ton hôtel, comme tous les autres passagers. Vous roulez 2 heures, puis il y a un petit arrêt « pipi » et « manger ». « Ok tout le monde, on va manger, regardez des deux côtés de la rue avant de traverser, mais attendez notre signal, lavez-vous les mains après votre ti-pipi, éloignez-vous pas, restez en groupe, le Vietnam c’est dangereux, vous êtes trop cons pour discerner quand un Vietnamien essaie de vous arnaquer donc ne parlez pas à personne, arrêtez de penser… Blablablabla… » Et tout le troupeau répond bêtement : »Bêêêêê bêêêêê. » Allo? Ok, je pensais que vous vous étiez endormi par mon histoire pas vraiment palpitante…

Un troupeau!

Ce qui est dommage, c’est que ceux qui travaillent pour les bus Open Tour et pour les compagnies de tours organisés sont en général plutôt blasés, bêtes et durs. Être pris là-dedans et dire que les Vietnamiens ne sont pas gentils, c’est comme dire que Demi Moore vieillit bien et qu’elle est tellement naturelle… Je sais pas pourquoi, mais il me semble que la dernière phrase sonne un peu faux, non? Donc, l’opinion que plusieurs se font de tous les Vietnamiens est biaisée. Ce ne sont pas les Vietnamiens que j’ai rencontrés à Tam Coc, ni à Thanh Hoa. On a pris 2 bus Open Tour, un de la baie d’Halong à Hanoi et un autre de Hue à Hoi An. Après cela, nous étions prêts à quitter le pays, nous en avions assez, nous étions prêts à partir pour le Cambodge. Vous vous dites sûrement: « Hooo, le petit gars et la petite fille étaient pas contents… Ils ne travailleront pas et n’auront pas d’horaire pendant 1 an et demi, et ils réussissent à chialer, ils font ben pitié, #fucklavie ». Mes chers amis lecteurs, ce que j’essaie de vous dire, c’est que je ne pouvais pas croire que nous avions tout quitté au Québec pour nous retrouver à jaser de la pluie et du beau temps avec un gars de Calgary ou de Los Angeles dans un bus Open Tour. Croyez-moi, ça a été l’étape la plus dure de notre voyage; devant cette simplicité et ce manque d’aventures, nous étions déçus. Et là, vous dites: « Haaaa, on comprend là, #onvouscomprend. » (Ne pas oublier le hashtag en le disant, parce que, comme d’habitude, Jean Airoldi a dit que c’était tendance de le dire au Carrefour Laval, avec une petite botte noire et un pantalon zébré.) Je me disais que si tous les pays étaient comme ça, ça ferait longtemps que j’aurais acheté mon bungalow à St-Isidore-du-Lac, au moins il y aurait plus d’action quand mes voisines chèvres viendraient manger mon gazon et je pourrais poster des statuts loufoques sur Facebook comme : « J’aurai pas besoin de tondre ma pelouse, mes voisines sont en train de brouter » (rappelez-vous, ma ville numéro 1 de mon top 3, voir L’Intensité)

Mais notre fervent esprit positif de voyageurs ne nous permettait pas de détester ce pays. On savait qu’il y avait un autre moyen de voyager. On a fait des recherches. Et on a choisi de se compliquer la vie, c’est-à-dire faire comme au Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica, au Panama, en Thaïlande et au Laos, faire comme d’habitude et se rendre à la station d’autobus pour prendre des bus locaux avec les locaux. Parfois, ça revient un peu plus cher que les bus Open Tour (on parle de 1 à 2 $ de différence) et c’est un peu plus long, mais ça vaut le coup d’être 26 personnes dans un mini-bus qui est supposé avoir de la place seulement pour 13 personnes, ça vaut le coup d’entendre crier les poulets dans leur cage sur le toit à toutes les fois qu’on pogne une bosse, ça vaut le coup d’écouter des chansons vietnamiennes qui semblent avoir été composées avec le même logiciel que Normand L’amour utilise et qui nous pètent les tympans à 7 heures du matin, ça vaut le coup d’entendre rire les Vietnamiens, ça vaut le coup de voir une vendeuse de fruits qui réussit à vendre 4 kilos de pommes à chacun des passagers, même si personne ne montrait l’intérêt d’en acheter, ça vaut le coup de voir leurs faces quand tu leur glisses 2-3 mots dans leur langue, ça vaut le coup d’échanger de la bouffe avec eux, ça vaut le coup de partager son sac d’Oreos avec eux…

Mais revenons aux bus Open tour. Lorsqu’ils arrivent à destination, ils lâchent le troupeau dans un « ghetto » où les chauffeurs de taxi et les hôteliers tentent d’avoir eux aussi leur part du gâteau en augmentant leurs prix, ce qui fâche beaucoup de gens. Dans ces endroits, il y a aussi toutes ces compagnies de tours organisés qui offrent des expéditions autour des grands centres touristiques. C’en est étourdissant tellement il y en a. Parfois, le rapport qualité-prix des tours offerts est décevant, car on n’en a pas pour notre argent. Lors de ces sorties organisées, on est aussi confinés à être dans un troupeau, on manque un peu (pas mal) de liberté de mouvement. Par contre, plusieurs touristes y trouvent leur compte, et je suis content pour eux et pour les gens de l’industrie touristique. Cependant, nous tentons d’éviter ça, car nous détestons nous sentir étouffés. Alors nous partons en moto pour explorer les environs, comme ce fut le cas à Quy Nonh et à Mui Ne. On a découvert de charmants petits villages de pêcheurs encore vierges du tourisme, on a découvert des plages paradisiaques désertes, on a découvert des sourires, des rires et la bonne humeur des locaux. Et on n’a pas oublié d’arriver avec un sourire et un intérêt pour leur culture, ils nous ont accueillis (avec un shooter de whisky de riz) comme si on était un des leurs. Dans la plupart des villages, on a souvent remarqué qu’il y avait toujours un Vietnamien bien dodu et trapu portant une chemise blanc-crème qui est le sosie de Michel Daigle dans ses bonnes années dans Chop Suey, chose que l’on ne voit pas avec les tours organisés. (Quand je pense à ça, Michel Daigle c’est pas vraiment sexy et pas très vendeur, pas sûr que ça vous donne le goût…)

Ce que je dis, c’est qu’il y a plusieurs manières de voyager, et aucune n’est meilleure qu’une autre. Par contre, dans un pays aussi grand que le Vietnam, on passe plusieurs heures dans les transports. Et tant qu’à y passer beaucoup de temps, aussi bien transformer ça en une expérience dont on se souviendra toute notre vie. Pour moi, la plupart de mes meilleurs souvenirs et de mes histoires les plus insolites en voyages sont souvent liés aux transports. Ça permet de sentir la saveur et le pouls d’un pays. En sortant d’un bus local, c’est beaucoup moins attrayant deux pauvres blancs-becs aux allures occidentales comme nous (ayant un budget quotidien à respecter, c’est sûr qu’eux autres le savent pas, mais nous autres, on le sait en sacrament par exemple!) qu’un troupeau de 40 têtes qui sent l’argent sortant d’un bus Open tour! Heureusement que nous sommes sortis de ce circuit d’autobus, heureusement que nous avons décidé de prendre les bus locaux, heureusement que nous avons continué à louer des motos, heureusement nous nous sommes échappés du troupeau, car on a retrouvé ce beau peuple que l’on avait rencontré au début, un peuple fier et… intense!

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