Asie / Vietnam

Le Café Vietnamien

Hé oui! J’ai finalement succombé. J’ai succombé au café vietnamien avec du lait condensé. J’étais prêt à tout pour boire mon « Iced Vietnamese White Coffee » dans les petits cafés de Saigon. Moi qui avais de la misère avec le concept de café mélangé à du lait condensé, maintenant, je ne peux plus m’en passer. Mais il faut dire que le café vietnamien torche vraiment! Il torche tous les cafés que j’ai bus en Thaïlande et au Laos. C’est comme des choux de Bruxelles. On s’entend pour dire que c’est dégueulasse, mais un jour, tu en goûtes un qui goûte vraiment pas l’amertume, il goûte invraisemblablement les choux à la crème, tu capotes, tu tripes et tu es content. C’est un peu comme ça que je me sens envers le café du Vietnam. (Sauf que triper trop sur les choux de Bruxelles, on s’entend-tu que c’est assez étrange…)

Vietnamese Iced White Coffee

Vietnamese Iced White Coffee

Donc, après s’être retrouvés dans la ville inconnue de Thanh Hoa, après avoir vu les montagnes de Tam Coc, après avoir fêté le Nouvel An à Hanoi, après avoir navigué dans la baie d’Halong, après s’être promenés dans les rues coloniales de Hoi An, après être devenus le centre d’intérêt des habitants de Quy Nonh, après être malheureusement arrivés dans la ville infestée du tourisme de masse de Nha Trang, après avoir exploré en moto les environs de Mui Né, nous sommes finalement atterris à Ho Chi Minh City pour 10 jours, juste à temps pour célébrer le Nouvel An Vietnamien qui était le 31 janvier dernier.

Avant de continuer, il y a quelques faits à mettre en place. Tout d’abord, pourquoi dit-on parfois Saigon et parfois Ho Chi Minh City? C’est très simple : lors de la guerre du Vietnam, Ho Chi Minh (parce qu’avant d’être une « City », il était un humain) a divisé le pays en deux. Il a demandé aux Vietnamiens de choisir entre le Nord et le Sud. Grosso modo, le Nord défendait les idées communistes et avait comme leader Ho Chi Minh, et le Sud défendait la philosophie capitaliste soutenue par les Américains. Ils avaient un peu moins d’un an pour déménager. C’était comme un prélude à la guerre. Cette guerre tristement célèbre qui a duré 15 ans, jusqu’à la libération de Saigon le 30 avril 1975… Ou bien jusqu’au jour de la défaite des Américains, ça dépend de quel bord on est! Car ici, la guerre du Vietnam ne s’appelle pas la « guerre du Vietnam », mais plutôt la « guerre destructrice des Américains ». Malheureusement, Ho Chi Minh n’a jamais pu savourer sa victoire, car il est décédé en 1969. Le gouvernement a donc décidé de renommer la ville Ho Chi Minh City, en son honneur. C’est aussi un coup bas pour les Sud-Vietnamiens qui ne supportaient pas l’idéologie de Ho Chi Minh Humain. Et ça aide à amplifier le culte de la personnalité autour d’Ho Chi Minh, que le gouvernement vietnamien manie avec brio.

Ho Chi Minh City

Ho Chi Minh City

Ceci dit, l’autre fait est à propos du Nouvel An vietnamien, qui n’est pas du tout la même chose que le Nouvel An fêté en Occident. Le Nouvel An vietnamien se nomme Tet. C’est une fête très traditionnelle et très spirituelle. Le Nouvel An occidental est un changement d’année, la Terre a fait le tour du Soleil et elle entre dans un nouveau cycle de 365 jours, selon le calendrier grégorien, rien de trop sorcier, ça veut dire que notre petite Terre adorée à laquelle on devrait faire plus attention va essayer de refaire un nouveau tour sans problème, et c’est aussi une bonne raison pour se soûler, dire à tout le monde qu’on les aime, manger de la poutine au smoked meat au Fameux sur Mont-Royal à 6 heures du matin et le lendemain, prendre des résolutions qu’on tiendra pas et regretter sa vie d’avoir trop bu la vieille. Tet est beaucoup plus sobre. Pendant les jours le précédent, les Vietnamiens se préparent : tout le monde lave sa maison, son commerce ou son restaurant, change son enseigne, paie ses dettes, fait à manger pour tout le mois prochain, etc. Car durant les jours qui suivent Tet, les Vietnamiens ne doivent se concentrer que sur la famille et les amis, pas sur les tâches ménagères. L’idée est de commencer la nouvelle année du bon pied et tout ça amène beaucoup de la chance. La chance est un culte en soi. Les enfants reçoivent de « l’argent chanceux » dans des enveloppes rouges, les gens ont des « arbres chanceux » dans leur maison (plus ils sont gros, plus ils apportent de chance). À minuit, lors de la première journée de Tet, ils dressent des tables d’offrandes devant leurs maisons pour accueillir les bons esprits. Ce Nouvel An est fêté selon le calendrier lunaire du zodiaque chinois. Cette année est l’année du cheval. Mais je connais pas grand-chose à l’astrologie chinoise, demandez à Jojo Savard 3 $/min et elle va prendre le temps de bien vous l’expliquer, comptez sur moi et surtout, sur votre carte Visa. Et on dit : »Chuc Mung Nam Moi » qui signifie Bonne Année. En fait, lors des célébrations, outre les jardins de fleurs et les feux d’artifice, Tet est une fête très sobre et sans trop de débordement, on est loin des festivités de Loy Kratong à Chiang Mai, on est loin des célébrations du Festival du Lancer du Poulet de St-Francis-De-Reddy tout près de Boucar-Diouf-Sur-le-Lac. Sauf peut-être les 3 gars trop sur le party sur la rue qui chantaient au karaoké et qui arrêtaient pas de nous filmer qui détonaient parmi les 15 000 autres Vietnamiens trop pas sur le party. Ou bien le petit Don Juan de 10 ans qui est tombé en amour avec Dominique et qui lui a demandé son numéro de téléphone.

Nous avons passé nos derniers jours au Vietnam à errer dans Saigon. Saigon est divisée en différents districts. Le district 1, le plus connu, renferme le « ghetto » touristique et le quartier des affaires de la métropole. La fameuse rue Catinat s’y retrouve. Cette rue, désormais la rue Dong Khoi, a été témoin de plusieurs événements historiques du Vietnam : les Français ont tenté d’y recréer Paris lors de l’Indochine, les Japonais y ont pris siège dans l’hôtel Majestic durant la Seconde Guerre, les Américains l’avaient envahie avec leurs Jeeps pendant la guerre du Vietnam; les écrivains, les aventuriers, les marins, les espions, les journalistes, les soldats, le peuple, tous ces gens y ont été des acteurs importants. Au bout de la rue, on retrouve la cathédrale Notre-Dame-de-Saigon, toute en pierres rouges importées de Toulouse en France, et son voisin le bureau de Poste, qui a été construit et mis en œuvre par un certain Gustave Eiffel, en 1890. Et l’Histoire continue à se perpétrer dans le district 1 par la construction de nombreuses tours de verres. Saigon grandit dans un pays socialiste, voir communiste, mais elle ne semble pas porter ces couleurs, et semble parfois regretter sa libération du 17 avril 1975.

De l’autre côté de la petite rivière, au sud du district 1, il y a un quartier populaire qui est le district 4. Là-bas, on semble se transporter dans une autre ville, dans une ville moins internationale, plus vietnamienne. Les gens sont gentils et nous abordent aux coins des rues, ils nous saluent comme si nous étions dans un petit village de pêcheurs perdu sur la côte près de Mui Né. On y a visité le marché le plus chaotique que nous ayons vu depuis notre arrivée en Asie. Peut-être le plus chaotique, mais aussi le plus sympathique. Encore plus chaotique que le Ikea un samedi matin! Motos et piétons s’entremêlent dans les petites rues labyrinthiques du quartier, parmi les fruits exotiques que nous ne verrons jamais au Québec, parmi les énormes poissons aussi longs que mon corps et parmi les vendeurs de tout et de n’importe quoi. Au milieu des « salut » enfantins des adultes offerts gratuitement avec leurs plus beaux sourires, on ressent le sentiment paradoxal d’être à la fois chez soi et loin de chez soi. Ils semblent être contents que certains touristes traversent le pont pour aller leur rendre visite. Et ça vaut la peine! Ça vaut tellement la peine que nous y avons célébré les 30 ans de Dominique, en y mangeant des palourdes à la citronnelle et des sushis dans la rue. Une fête assez mémorable! Après tout, on ne fête pas sa fête tous les ans loin de chez soi!

Mais une chose était constante à Saigon. Tous les jours, on a pris le temps de s’arrêter dans un petit café. Que ce soit sur la rue, sur des petits tabourets en plastique, dans un café hipster, dans un parc rempli d’étudiants après les cours, ou dans un café qui ferait rougir ceux de New York ou de Paris (et même de Montréal), il faut prendre du temps pour un café glacé vietnamien. Prendre le temps de réaliser où on se situe sur la planète et la chance qu’on a d’être ici. Prendre le temps de regarder la vie saigonaise, regarder les jeunes qui rient avec les vieux, regarder les policiers qui marchent avec le bras sur les épaules de leurs confrères, regarder les gens qui prennent le temps de regarder les gens. Le café vietnamien fait partie de leur culture. Aussitôt qu’on s’arrête pour un café, on apprend à comprendre et à aimer ce pays.

Le Vietnam a été l’auteur de plusieurs hauts et de plusieurs bas dans notre parcours. On a appris à comprendre quel type de voyageurs nous étions. Nous avons découvert les facettes et les répercussions négatives du tourisme de masse, qui est flagrant au Vietnam. Nous avons découvert que lorsqu’un pays a de la difficulté à nous montrer son essence, il faut aller la trouver dans les petits détails, pas seulement dans les paysages pittoresques et dans les attractions touristiques. Le Vietnam nous a eus finalement. Le Vietnam peut être un pays très facile ou très difficile, il suffit de choisir son camp. Si on explore son histoire moderne, on se rend compte que ce genre de dualité fait partie de sa culture. Communiste ou capitaliste, Hanoi ou Saigon, Américains ou Ho Chi Minh, Français ou Indépendance. Peut-être est-ce mon côté Québécois qui me fait réaliser ça et que j’y suis plus sensible, car après tout, nous vivons aussi plusieurs dualités depuis plus de 250 ans. Les Vietnamiens forment un peuple fier. Après tant d’années de guerre, ils recherchent un peu de paix. Ils ont défendu maintes fois leur culture, donnons-leur la chance de nous la montrer, sans aller se cacher dans les ghettos touristiques de masse et les Open Tour Bus. Et tout ça, ça commence simplement avec un café vietnamien!

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