Asie / Cambodge / Laos / Thaïlande / Vietnam

L’hiver à l’autre bout du monde

En déjeunant un matin, j’écrivais… je me renseignais… Ha ok, j’perdais mon temps sur Facebook. Pendant que je m’esclaffais en regardant la photo d’un chien avec une tranche de pain dans la face, un message instantané de mon amie Marie-Pier a « poppé ». Et un autre message de mon amie Audrey est entré quelques secondes plus tard. Étrangement, les deux messages avaient le même lien rattaché et un message très identique qui ressemblait à « C’est dur de ne pas penser à vous deux en voyant ça. » Le lien envoyé était un article racontant l’histoire d’un couple qui n’est jamais revenu d’un road trip qui a commencé il y a 23 ans. Ils étaient partis pour un an et demi… Mais contrairement à eux, nous, plus on est loin, plus on se rend compte que notre place sur cette planète c’est dans notre pays, au Québec, où se trouvent nos familles et nos amis. On est tellement fiers de parler de notre coin de pays, de nos coutumes (hé oui, avec notre héritage franco-britannique, notre hiver et notre situation géographique, on est très exotiques pour les Asiatiques, les Européens et les Américains. Leur anecdote préférée c’est celle du 1er juillet où tout le Canada célèbre, pendant qu’au Québec, on déménage…), de nos différends politiques, de comment c’est beau le Québec, de comment qui sont gentils les Québécois, de comment qui sont ouverts les Québécois, de comment on mange bien au Québec, de comment on est chanceux d’être nés au Québec.

La photo du chien avec une tranche de pain dans la face

La photo du chien avec une tranche de pain dans la face

Après 5 mois d’exploration à l’autre bout du monde, nous sommes revenus à Bangkok. Au moment où vous lirez ces lignes, nous serons sûrement aux Philippines, à la découverte d’un autre coin de la planète. On s’est gardé 2 semaines en Thaïlande, pour faire quelques trucs; acheter des billets d’avion (ça fait mal au porte-feuille), faire notre visa pour les Philippines (donc préparer tous les documents nécessaires), manger la fameuse poutine de Bruno Blanchet (enfin une poutine faite par un Québécois, pas par un « expat » de Boston…), faire du lavage (un gros luxe), s’acheter du linge (je commence à être tanné du manque de diversité de mes chandails; quand je regarde mes photos, je semble posséder un seul chandail), etc. Le défi, c’est de faire tout ça à 35 degrés Celsius (et là, je vous parle pas de la température ressentie). Une chance qu’il y a un 7Eleven à chaque coin de rue pour prendre un petit « break » à l’air climatisé. Mais être de retour ici, c’est un peu comme être de retour à la maison… (Des fois, on a pas le choix de trahir notre vraie maison…)

C’est la première fois qu’on passe plus de 4 mois à l’extérieur du pays, on a donc pris le temps d’absorber tout ça et de regarder les 5 derniers mois avec un certain recul. On a eu des hauts et des bas, on a eu de belles et de mauvaises expériences, on a vu de belles et de laides choses, on a eu de belles et de mauvaises rencontres. On a vu des mondes différents et des coutumes différentes, on a essayé de comprendre les diverses réalités qui existent ici, on a découvert des pays riches en histoire. C’est comme si on avait bouclé une boucle : nous sommes partis de Bangkok pour découvrir tout ça, pour ensuite revenir à Bangkok après 7000 km de trains, de bus, de pick-up, de motos, de tuk-tuk…

Notre trajet en 5 mois

Notre trajet en 5 mois

Le plus dur aura été de trouver quel genre de voyageurs on veut devenir. On a décidé d’être des touristes responsables. Enfin, les plus responsables possible. La pauvreté, on l’a vue et revue. Il faut se faire à l’idée qu’on ne peut pas tous les sauver. On devient frustrés de leurs gouvernements qui s’en mettent plein les poches et qui laissent les habitants dans un état précaire. Faut lâcher prise, faut apprendre à choisir ses batailles. Par contre, en tant que voyageurs, on peut tenter de faire une différence. Au moins un peu, à notre façon. On a toujours essayé d’encourager les hôtels et les restaurants tenus par des gens de la place; si c’était un « expat » qui en était propriétaire, on essayait de voir si ses employés étaient des locaux et s’il leur offrait de bonnes conditions (congé, respect, bon salaire, etc.). Lorsqu’on participait à un rare tour organisé, on regardait l’impact touristique (répercussions sur la communauté locale, éco-tourisme, etc) et l’éthique des établissements (bon traitement des animaux, des employés, etc.), on choisissait des entreprises responsables. Parfois c’est lourd, parfois c’est long, parfois c’est compliqué, je l’admets, mais je crois sincèrement que ça fait une grande différence pour tout le monde, tant pour la qualité du service que pour les retombées économiques et environnementales. Car le tourisme apporte certainement de bons côtés, mais tout comme une médaille, il y a l’autre côté qui ne resplendit guère. Selon nous, c’est le piège du tourisme de masse, celui à éviter dans ces quatre pays, car il est très facile de s’y faire prendre. Nous évitions les centres névralgiques de ce genre de tourisme, car ils sont souvent synonymes de prostitution, de drogues et de dégradation des lieux où se retrouvent des populations locales fragiles et non soutenues par leurs gouvernements. On va continuer dans cette optique, comptez sur nous!

Elephant Center de Chiang Mai : un bel exemple de tourisme eco-responsable.

Elephant Center de Chiang Mai : un bel exemple de tourisme eco-responsable.

On a croisé beaucoup de voyageurs sur notre chemin. On s’est faits des amis. On a pris soin de les choisir. Ces voyageurs ont beaucoup d’affinités avec nous et possèdent des histoires fantastiques. Il y a eu João le Portugais qui nous a tant inspirés, Marc le Québécois qu’on a rencontré un peu partout sur notre chemin est devenu comme un grand frère, Jean-François et Yohan les Québécois avec qui on s’est bien amusé à Noël au Vietnam, Jean-Marc et Pascale les Suisses avec qui on a découvert une petite partie du Laos et avec qui on a mangé tellement de bouffe indienne, Djariel le Français qui découvrait les joies de voyager, Marcus et Matt les Autrichiens qui nous ont fait bien rire avec leurs histoires de voyage, Matt et Aly les Écossais avec qui on a tant parlé de voyage et de politique, Michael et Ève les Belges avec qui on a fait du bénévolat chez les Hmongs, John et son fils Eli les Américains avec qui on a fait un trek en Thaïlande, et Jocelyn l’Étalon Globe-Trotteur qui prend trop de place dans mon sac à dos, mais qui est tellement sympathique… Et si un jour, ils viennent au Québec, n’oubliez pas de leur montrer de comment c’est beau le Québec, de comment qui sont gentils les Québécois, de comment qui sont ouverts les Québécois, de comment on mange bien au Québec, de comment on est chanceux d’être nés au Québec.

Mais il y a aussi Nzoua, Boun Chan, Zjong, Baauw, Ing, Saiman, Vaj, Thong, Loan, Dragon (pas son vrai nom, je suis prêt à parier), Phally, Thong, Luong… Ceux-là, ils nous parlaient de leurs pays avec une telle fierté, avec un tel amour, malgré tout le lot de malheur et de malchance qui parsème leurs quotidiens. Ils sont forts, ils sont merveilleux, et surtout courageux. Même si on a tout quitté au Québec pour voyager, ce sont eux les courageux. Pas nous.

Nos sacs à dos sont une partie très importante de notre voyage. Ils sont tout ce que l’on possède. Ils sont très précieux. Ils se font traîner d’un bord à l’autre, dans des bus et des trains. On se rend compte que malgré le peu qu’ils contiennent, on ne pourrait pas vivre sans eux. Le mien a été vraiment maltraité : il a trempé dans le jus de poisson dans une soute à bagages d’un bus au Cambodge, ça sentait vraiment bon. Et en attendant un taxi au Vietnam, mon sac était déposé à terre, et un chat ben cute est venu se coller. Avant de partir, il s’est soulagé sur mon sac. Là, il était plus vraiment cute.

Le sac à dos de Jean-D

Le sac à dos de Jean-D

5 mois déjà. 4 pays. 5 000 photos. 300 vidéos. 7 000 km. 20 livres de perdues. Pas pire pour les statistiques, un vrai Paul Houde! Pourtant, on en est juste à notre début. Et en plus, les plans changent tout le temps. On ne sait jamais à quoi s’attendre, comme pour les prochaines destinations qui seront les Philippines qui semblent offrir un beau mélange de la culture asiatique et latine, la Birmanie qui est dirigée par la junte militaire, et la Malaisie qui sera le premier pays islamique que nous visiterons. On dit souvent à la blague que tous ces pays-là, c’est notre « pratique » pour l’Inde! L’important quand on voyage pour si longtemps, c’est de prendre conscience que ce n’est plus que de simples vacances, ça devient notre vie au quotidien. On a quand même un genre de routine : on fait nos sacs à dos, on check-out, on va prendre le bus, on choisit un hôtel, on check-in, on défait nos sacs à dos, on cherche un guichet, on cherche un resto 3 fois par jour, on refait nos sacs à dos, on check-out, on va prendre le train… On a dû apprendre à regarder ça avec un léger recul, parce que sinon, on ne réaliserait pas la valeur de notre projet. Il faut se ramener à l’ordre, sinon on risque de se mettre sur le pilote automatique. Comme disait Dr. Seuss : « Sometimes you will never know the true value of a moment until it becomes memory » (Parfois tu ne connaîtras la véritable valeur d’un moment que lorsqu’il deviendra un souvenir). On a passé l’hiver à l’autre bout du monde. Vous nous suivez depuis 5 mois sur ce blogue et sur Facebook, vous nous lisez, vous regardez les photos, vous commentez. Et nous espérons que vous continuerez pour les 12 prochains mois. On travaille fort pour rendre tout ça le plus intéressant possible. Plusieurs moments resteront inédits, car ils sont parfois indescriptibles. On aimerait tellement ça que vous soyez là pour ressentir l’atmosphère et l’ambiance au-delà des mots et des photos. Ce blogue est un petit bout de notre aventure qui se perd parmi toutes les histoires quotidiennes des 8 milliards d’êtres humains, une micro-seconde dans l’univers (un vrai Hubert Reeves!) qui restera gravée à jamais dans notre tête et dans notre cœur, et de pouvoir partager notre évolution avec vous nous fait vraiment plaisir. Je termine cette rétrospective en citant Gunther Holtorf, l’homme qui fait un road trip de 23 ans déjà : Plus vous voyagez, plus vous constatez à quel point vous n’avez pas vu grand-chose! Il a bien raison.

À l'aéroport international de Bangkok pour notre vol pour Manille

À l’aéroport international de Bangkok pour notre vol pour Manille

Allez, on se revoit aux Philippines!

Jean-D et Do, quelque part aux Philippines...

Jean-D et Do, quelque part aux Philippines…

*Voici le lien de l’article du couple qui fait un road trip depuis 23 ans : http://voyagerloin.com/actualite/insolite-actualites/road-trip-qui-dure-depuis-23-ans/

 

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