Asie / Philippines

L’autre monde

LETTRE À MANILLE

Manille. Quand on atterrit, on te voit de l’aéroport. Une forêt de gratte-ciel. On passe les douanes, et on débarque dans la ville. Manille, tu ne ressembles plus à ce qu’on voyait de notre hublot. Le taxi. On prend notre premier taxi. Quand on arrive dans un nouveau pays, le plus difficile, c’est de comprendre, comment fonctionnent les taxis, les tuk-tuk, les motos-taxis, etc. On ne veut pas se faire prendre dans une escroquerie. Mais quand on arrive dans un nouveau pays, même après 5 mois, on est naïfs. On connaît rien. Comme pour les Philippines. On croit avoir développé des bons réflexes, et on pense qu’on est en contrôle de la situation parce qu’on pense avoir appris à dealer en Thaïlande. Erreur! On est nuls. On se pense « tough » et on demande au chauffeur de taxi de mettre le meter et on lui demande approximativement combien ça coûte pour aller à notre hôtel. Il nous sort une carte avec les prix. Une première depuis 5 mois! Une carte avec des prix exorbitants. Il nous la montre quand on est pris dans le trafic, comme un piège. Donc, le deal, c’est le prix sur la carte. Et on est trop fatigués pour s’obstiner avec lui et lui dire qu’il nous débarque au milieu de nulle part avec nos sacs. Durant tout le trajet, on se rend compte qu’on aurait dû fermer notre grande gueule de gens trop sûrs de leur shot en demandant le prix approximatif, car en arrivant à l’hôtel, le meter roule encore depuis l’aéroport et indique 300 pesos (7,50$), sur la carte, ça en coûte… 900 pesos (22$). (J’écris ça en pilant ben gros sur mon orgueil.) En Asie, un deal c’est un deal, on ne peut revenir en arrière; primo, perdre la face c’est impensable pour un Asiatique, et secundo, si on chiale, on passe pour un « loco » (un fou, insulte vraiment méchante et méprisante ici). Pis des fois t’es fatigué, pis c’est juste moins compliqué de payer. Comme quand tu es pogné à écouter les 5 dernières minutes de l’Auberge du Chien Noir avant ton émission préférée, tu endures.

Mais il ne faut pas s’en faire avec ça, c’est seulement un gars parmi 100 millions. Parce qu’effectivement, ils sont plus de 100 millions de Pinoys (le surnom pour un Philipino).

Manille. Tu es dépaysante, imposante, intimidante. On n’est plus en Asie. On est comme un peu en Amérique latine. On a échangé le bouddhisme pour le catholicisme. Les temples pour les églises. Chaque rue semble posséder 4 pawnshops et 3 McDo. Manille, tu ne me donnais pas le goût de te prendre en photo. C’est sûr qu’avoir été à Bangkok juste avant de te visiter n’a pas aidé ton cas, je te le concède.

Manille. Tu ressembles à un gros casse-tête. Plusieurs quartiers. Makati, Intramuros, Quezon City, Malate, Pasay… Lequel choisir? On choisit celui des voyageurs : Malate. Mais où sont les backpackers? On en a croisé 5, gros max. On se rend vite compte qu’on n’est plus en Thaïlande, ni au Vietnam. À 3 rues de ce quartier, il y a un mega centre d’achats. À 2 rues, il y a la promenade sur le bord de l’eau, où vivent des familles entières, souvent avec des bébés et de très jeunes enfants qui doivent prendre leur bain sur le trottoir. On y voit des affiches : « Aborption is murder. » (L’avortement est un meurtre) Hé oui, les Philippines battent des records de croissance malgré l’incroyable pauvreté, un record qui est dû à la puissance de la religion catholique qui bannit toute forme de contraception. La religion catholique est forte ici, très, très forte. Trop forte, peut-être? On est loin de l’Asie. Très loin. Coudonc, on est où?

Bravo Manille, en 5 mois, tu es la première qui a su me déstabiliser autant en moins de 24 heures. Les 5 premiers mois ont été confortables; là, on dirait que la vraie « game » commence. Je sais que je devrai revenir chez toi 3 autres fois. Pour l’instant, je t’aime pas beaucoup. Il te restent 3 autres chances. (Peut-être même que si tu réussis à me charmer, je te ferai mon mea culpa et tu seras dans mon top 10…)

Manille, tu sembles faire partir d’un autre monde.

On verra…

Manille la nuit

Manille la nuit

*****

LE NORD DE LUZON

Autant Manille a été décevante, autant le nord de Luzon a été à la hauteur de nos attentes… Même plus. Dès nos premiers pas dans le village de Sagada, on sentait déjà l’atmosphère très relaxe des Philippines que tant de voyageurs ont racontée. À partir de ce moment, on a su que les Philippines, c’était LE pays qu’on attendait depuis 5 mois. On est tombés en amour, comme ça. Sagada était rafraîchissante, l’air des montagnes nous a fait grandement du bien. Et on a mangé comme des rois. On s’est bien reposé. On s’est promené dans le bois…

Le village de Sagada dans les montagnes

Le village de Sagada dans les montagnes

Et là, dans le bois, on a découvert un autre monde. Le début de ce qui ne ressemble pas à notre monde. On a vu des cercueils suspendus sur le bord d’une falaise. Une tradition provenant des Aministes Applai. Et pour avoir le droit de pouvoir être « suspendu » à sa mort, il faut offrir aux dieux un sacrifice de 20 cochons et 60 poulets. En d’autres mots, seuls les riches le peuvent. Et ce n’est pas une tradition perdue qui date de 200 ans. Non, non, ça continu encore aujourd’hui. Ça, ce n’est que le début des choses-qu’on-a-découvertes-qui-viennent-d’un-autre-monde-qui-a-aucune-idée-c’est-quoi-perdre-ses-fins-de-semaine-au-Dix30.

Cercueils suspendus dans la forêt de Sagada

Cercueils suspendus dans la forêt de Sagada

Nous avons ensuite quitté Sagada en jeepney pour nous rendre à Bontoc, à 20 km de là. La première impression de Bontoc est ben ordinaire, ça doit être comme quand tu rencontres Michel Goyette (t’aurais préféré Hugo St-Cyr, mais le seul disponible c’était Michel Goyette, c’est ben ordinaire), mais quand t’es déjà en amour avec le pays, c’est une expérience. Comme quand tu rencontres Michel Goyette, faut que tu te dises que c’est une expérience parce qu’il est à un degré de séparation de toi et de Hugo St-Cyr et de tout le casting de Watatatow). Mais revenons à nos moutons. À moins de faire un trek, Bontoc n’est pas la station balnéaire rêvée du tourisme philippin, comme Issoudoun qui, malgré son nom exotique, n’est vraiment pas le centre névralgique du tourisme québécois. Donc, pourquoi arrêter là? Pour simplement voir la vie. On s’est acheté un jeu de serpents et échelles dans un minuscule magasin de fournitures scolaires. On s’est rendus au musée de Bontoc, qui est situé dans une cour d’école primaire. Le musée ouvrait dans 15 minutes. On s’est assis pour attendre et on a joué une game de serpents et échelles. On est vite devenus les plus populaires de la cour d’école!

Grosse game de serpents et échelles

Grosse game de serpents et échelles

Après avoir joué (lire ici « perdu ») 3 parties avec nos nouveaux potes (qui trichaient allègrement), le musée a ouvert ses portes. On a découvert une exposition sur les tribus vivant dans les montagnes. Un autre monde! Je vous le dis. On a découvert qu’il y a encore des tribus où les hommes portent des g-string en broderie et où les femmes sont remplies de tatous et qui se battent depuis des siècles pour des territoires. Qui vivent dans des habitations traditionnelles accrochées aux montagnes, accessibles seulement par de minuscules sentiers qui suivent les rizières. On a découvert qu’il y a peu de temps, il y avait les « headhunters »… Des chasseurs de têtes, et là, c’est loin d’être une métaphore. C’était un sport. C’était une étape dans la vie d’un homme. Couper la tête de ses ennemis. Célébrer et rendre hommage à la tête de la victime par un imposant rituel respectueux. On a vu les armes qu’ils utilisaient. Une vraie coutellerie de boucher trop viril! Louis-François Marcotte serait jaloux. On a vu des photos assez dérangeantes. (Pas de Louis-François Marcotte, là, mais de têtes coupées). On est comme dans Indiana Jones, mais en vrai, sans le charismatique Harison Ford dans une caverne sacrée, mais plus avec les deux gringos dans un musée qui ont la chienne de rencontrer un headhunter… Heureusement que ça n’existe plus. Mais les tribus, elles, sont encore très réelles de nos jours. C’est assez mystérieux comme endroit. Presque inconcevable de nos jours. Pourquoi pas aller les voir lors d’un trek? Pourquoi pas. On va y réfléchir un peu. On va aller voir les rizières de Banaue avant, LA raison du pourquoi on est ici dans le Nord.

Musée de Bontoc

Musée de Bontoc

Et nous sommes finalement arrivés à Banaue. Et il pleuvait des cordes! Ha la pluie! Maudit qu’on s’ennuyait de la pluie! On était contents de la voir. Et le soleil sortait de temps en temps. Et quand il nous montrait ses rayons, le spectacle était… spectaculaire (heu… est-ce un pléonasme?). Des rizières sculptées dans les montagnes par des hommes et seulement avec des outils de bases. Pas avec une pépine John Deere, là. Seulement avec du jus de bras et de la sueur de fronts. Elles sont vieilles de plus de 2000 ans, presque comme le ti-Jésus. (Faudrait peut-être demander leur truc, pour le Pont Champlain.) Ce n’est pas pour rien qu’elles font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO (tsé, y a pas juste la biosphère du lac St-Pierre qui est protégé par l’UNESCO).

Rizières et tribus représentent bien cette région.

Le nord de Luzon semble être un autre monde.

*****

RENCONTRE AVEC JOCELYN GARCIA

Personne la connaît. Il ne faut pas se mélanger avec Jocelyn l’Etalon Globe-Trotteur. Jocelyn est une jolie célibataire de 36 ans. Hé oui, Jocelyn sans E. Elle vient du Negros dans les Visayas, une province du sud des Philippines. Elle a quitté son village natal pour venir travailler à Banaue, à l’hôtel Sanafe Lodge. Elle est énergique, sympathique et très drôle, avec un excellent sens de la repartie. L’employée que tout le monde rêverait d’avoir ou le collègue que tout le monde rêverait d’avoir, ou tout simplement, l’amie que tout le monde rêverait d’avoir. On lui a appris des mots en français et elle nous a montré des phrases en tagalog. Elle veut devenir notre amie Facebook, ce qu’on a accepté volontiers. On lui a donné une petite carte du monde (on traîne ça avec nous, et on en donne aux gens, ils adorent ce cadeau-là, c’est incroyable). On lui a montré où est situé Montréal. Elle rêve de voir la neige. Elle veut venir nous voir, un jour, au Québec, quand elle va avoir assez d’argent. Et elle rêve même d’aller en Islande, quand elle va avoir assez d’argent.

Pourquoi je vous parle d’une inconnue? Parce que plusieurs femmes (plusieurs hommes aussi) vivent ce qu’elle va vivre dans 1 mois… Elle va quitter les Philippines. Elle nous montre sur sa nouvelle petite carte du monde, l’Oman. « I’ll go to work there in May. » !?!?!???!? Pardon? Pourquoi l’Oman? Elle nous explique qu’elle y fera plus d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Au lieu d’être payée 5 000 pesos par mois, elle aura le double. Pourquoi l’Oman? Pourquoi pas le Canada, ou les États-Unis? Trop cher! Et elle n’a pas de scolarité. Contrairement à ceux qui ont des diplômes, qui sont ingénieurs ou docteurs et qui peuvent aller travailler en Occident, elle devra se rabattre sur un pays du Moyen-Orient comme femme de ménage. Car pour immigrer, elle doit passer par une agence. Et plus le pays choisi est bien « coté », plus ça coûte cher de frais de placement. Le placement pour l’Oman est gratuit… Comme c’est un pays pas vraiment ouvert, elle devra porter la burqa. La petite catholique souriante et joviale des Philippines va se cacher derrière une robe noire voilée qui n’a pas rapport avec ses propres valeurs. Et ça, ce n’est que le début. La réputation des employeurs du Oman est assez… Hum… Disons, obscure. Salaires pas versés, vols de passeports, employées battues, mal nourries… C’est pas le Club Med. Et là, ça revient. Le sentiment d’impuissance. Qu’est-ce qu’on peut faire, crisse? Ça nous a fait beaucoup de peine pour elle et sa famille, et toutes les femmes de ce monde qui doivent se sacrifier. Sa patronne actuelle m’a dit qu’elle va prier pour elle. Tandis que moi, je lui souhaite un bon employeur qui sera gentil avec elle, qui va bien la payer, et qui va la respecter, je l’espère vraiment.

Nous sommes vraiment dans un autre monde…

Nous et Jocelyn Garcia

Nous et Jocelyn Garcia

 

 

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2 avis sur « L’autre monde »

  1. Que j’aime avoir de vos nouvelles,café au lait à la main je fais la lecture a francois .Vous nous faites voyager…..j’adore.Frank devrait commencer les sucres cette semaine( dure pour la ligne) mais il a beaucoup de neige dans le bois pour ramasser les chaudières alors ont lève la jambe….les cardinales font la cour aux femelles et maudit que le monde est beau sur la maine….

    Tirlouxxxxxxx ont pense à vous.bisous

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