Asie / Philippines

La toune de Titanic

En 1997, la toune de Titanic a commencé à tourner dans les radios. Interprétée par notre Céline nationale. Anyway, on la connaît tous. Flûtes traversières, Céline qui s’époumone, c’est épique. On est loin de « Je de de de danse dans ma tête. » Et cette toune, on dirait que c’est la trame sonore « officielle » de l’Asie. Partout. En Thaïlande, au Laos, au Vietnam, au Cambodge, aux Philippines. PARTOUT! (C’est sûr que si t’es dans ton salon à Brossard et que tu es en train d’écouter Titanic juste avant d’aller au Dix30, j’espère que tu as assez de jugement pour comprendre que tu n’es pas en Asie.) Ça devient presque une toune nostalgie-de-voyage. Je l’ai même chantée le 31 décembre avec un Vietnamien et un Néo-Zélandais (après avoir trop bu de bia Hoi…) Mais ici, aux Philippines, ce n’est pas Céline qui chante, mais quelqu’un qui chante comme si un cochon se faisait égorger (ça aussi, le cochon égorgé, c’est un bon indice que t’es en Asie). Le karaoké c’est un sport national. C’est beaucoup plus intense qu’au Vietnam, où les Vietnamiens chantent assis sur une chaise de plastique en toute neutralité, sans débordement, sur le même ton. Ici, ça vient des tripes. Ici, c’est tout le monde qui chante, même le gars qui sait juste chanter en rotant. (Je niaise, honnêtement il y a beaucoup plus de bons chanteurs que de mauvais.) Le karaoké, ce n’est pas amusant; ici, le karaoké c’est du sérieux.

Donc, lors du dernier épisode, nous étions à Banaue dans le nord de Luzon. Au cours des dernières journées de notre séjour, nous avons rencontré plusieurs Pinoys. (Ce qui est fantastique aux Philippines, c’est que tout le monde parle anglais. Le contact est donc très facile.) On se sentait parfois comme des stars. Avec nos faces de blanc-bec, ils nous abordaient comme de vieux copains et nous demandaient d’où nous venions. Quand nous leur répondions que nous venions du Québec, ils devenaient en extase. Comme toi, quand tu avais 12 ans, et que tu rêvais de voir Nick Carter ou Joe McIntyre ou Michel Louvain en personne. (Wow! Un gag qui touche 3 générations. Qui peut faire mieux?) On prenait alors des photos avec eux. On échangeait nos coordonnées. L’histoire là-dedans, c’est que la plupart de ceux que nous avons rencontrés ont déjà fait leur demande pour immigrer chez nous. Les Philippines doivent compter le plus grand nombre de citoyens qui travaillent à l’étranger. Sérieux, tout le monde ici rêve de s’expatrier! Et le Canada est haut dans la liste des pays de rêve. On a entre autres rencontré 3 infirmiers qui sont présentement en processus pour venir travailler au Québec. Ils suivent des cours de français et tout et tout. D’ici 18 mois, ils auront la réponse. On leur a dit qu’ils pouvaient compter sur nous s’ils avaient des questions et qu’on allait être là pour eux lorsqu’ils atterriront, ça c’est sûr! C’est clair qu’on va leur montrer la culture québécoise et au moins l’émission de Coup de Foudre du 9 mai 1989 qui met en vedette le toupette en spray-net de Linda de Ville-LeMoyne et la moustache de Robert de Drummondville, ou bien était-ce la moustache de Linda et le toupette de Robert… Anyway, un classique, quoi!

Nous avons finalement quitté nos nouveaux amis ainsi que Banaue et ses rizières plus grandes que nature. Le bus qui nous a pris sur le chemin n’avait pas de vitres aux fenêtres et était équipé de beaux pneus lisses « su’a fesse », était bondé comme pas un, mais était malgré tout agrémenté d’un excellent système de son, qui nous offrait un superbe medley de chansons américaines des années 90 (hey oui, même Matchbox 20 jouait). La toune de Titanic s’est évidemment invitée. À 3 reprises! (Mention d’honneur à Elton John et son Can You feel the love Tonight entendu 2 fois durant ce trajet). C’est toujours amusant de recréer des souvenirs musicaux. Je m’explique. J’avais 10 ans à la disco Au Petit Bois. Vers la fin de soirée, c’était les slow. Sur Bed of Roses de Bon Jovi. Au Nicaragua en 2012, nous avions pris un bus bondé, rempli de poissons que les gens allaient vendre au marché de la ville de Chinandega. Les femmes allaitaient leurs enfants, ça sentait le poisson, on arrêtait à tous les 10 mètres pour embarquer quelqu’un. Tout ça, sous l’air connu de Bed of Roses! J’ai modifié mon souvenir malgré moi, comme pour la toune de Titanic. Car la toune de Titanic, ce n’est plus la toune de Titanic, c’est la toune de l’Asie. Vous me comprenez? En tout cas, moi, je me comprends.

Après les montagnes, après l’air frais, après nous être ressaisis et après avoir combattu un petit mal du pays qui nous suivait depuis que nous étions revenus en Thaïlande, le nord de Luzon n’aura jamais aussi bien tombé. Et nous étions enfin prêts à attaquer Palawan. (Fans de Star Wars trop geek : ce n’est pas Padawan, c’est Palawan avec un L à place du D; c’est pas une île qui forme des futurs Jedi.)

Arrivée à Puerto Princesa

Arrivée à Puerto Princesa

 

Sauf que « attaquer » l’île de Palawan est un grand mot, car disons qu’elle se laisse faire. On apprend très rapidement le rythme, qui n’est pas très dur à apprendre. Juste le nom de la capitale de la province : Puerto Princesa. Sérieux, ça sonne vacances! C’est clair qu’il y a toujours des arcs-en-ciel. Pis tout plein de châteaux roses! En plus, le nom donne l’impression qu’on va devoir sauver une princesse kidnappée par un dinosaure-dragon cornu pas trop commode. C’est clair que la toune d’un petit gros plombier moustachu qui « pogne » des étoiles pour être invincible doit jouer à perpétuité. Ou la toune de Titanic… Anyway, tout ça pour dire que Puerto Princesa, c’est clair que ça sonne pas « métro-boulot-dodo », vous trouvez-pas?

Mais en fin de compte, je me suis énervé pour rien, parce que c’est vraiment juste le nom de Puerto Princesa qui est cool. La ville est ben ordinaire, ben ben ordinaire.

Avertissement : la suite de cet article peut causer de l’urticaire aux gens qui ont besoin de plage, de soleil, de vacances, de la sainte paix ou qui sont sur le point de faire un burn-out.

Et voilà, après Puerto Princesa, l’incroyable El Nido! Je n’ai pas de mots. Que des images. Que des souvenirs. Que de l’amour pour cet endroit! El Nido, c’est un sacré coup de cœur! Il y a des lieux comme ça qui sont rares et précieux. Des plages désertes avec du sable blanc, de l’eau turquoise, des fruits de mer trop bons et pas chers, des îles paradisiaques, des massages sur la plage, un village agréable, un paysage surréel, des gens trop gentils. Bateau d’île en île, snorkeling, kayak, moto. Ça pas de bon sens! Un endroit si beau et si parfait que tu te demandes : « Où sont les touristes? » Parce que pour un tel endroit, en haute saison, on trouvait qu’il n’y en avait vraiment pas tant que ça… Ha oui, c’est vrai, ils sont en Thaïlande à rouspéter qu’il y a trop de touristes…!

Après 6 mois en Asie, je suis capable de dire qu’El Nido était la chose que j’attendais. (En fait, les Philippines est le pays que j’attendais.) Maudit que j’aimerais ça que vous soyez ici pour voir ce trésor caché. Et si vous voulez un conseil d’ami, un vrai : c’est le temps de venir ici. Dans quelques années, ça ne sera plus comme aujourd’hui. Et des paradis comme ça, on sait ce que ça fait quand tout se développe trop rapidement et tout croche…

Je vous le dis, les Philippines, je les aime d’amour. Deux mois de visa, c’est pas assez. Pas trop surprenant que le slogan de la campagne publicitaire touristique des Philippines c’est « It’s more fun in the Philippines. » « C’est plus le fun aux Philippines. » C’est la première fois, parmi tous les pays que j’ai visités, que je me dis que c’est le seul pays où je reviendrais. Vraiment le seul. Même le Honduras, le pays que je chérissais tant, vient d’être déclassé. Et heureusement que ce n’est pas finit, il nous reste 2 semaines encore sur Palawan. (Plus 2 autres semaines avec ma grande sœur et mon beauf qui viennent nous visiter.) C’est des places comme ça qui nous confirment le choix d’avoir tout laissé il y a 6 mois. Ça nous confirme que les choses qu’on cherche existent vraiment.

En écrivant ces dernières lignes, j’ai pris un petit break et j’ai fait du « people watching », activité très répandue en Asie qui consiste à regarder ce que font les gens. (Même si certains diront qu’on fait la même chose en Occident, surtout à Sorel-Tracy, où les Sorelois de souche désignent cette activité sous le verbe « rôver ». Le « rôvage », tout le monde le fait, mais personne l’assume. Contrairement à l’Occident, ici, le « people watching » est une activité très (trop) assumée, pas très discrète et surtout très rassembleuse.) Je suis en train de boire une San Miguel Light sur la terrasse de l’hôtel qui m’offre une vue pas très formidable sur la route nationale. Il fait noir, mais quelques réverbères éclairent des parcelles de la voie. Plusieurs groupes de gens sont ici et là. Ils parlent, ils boivent, ils rient, ils se taquinent, ils se poussent (ils aiment vraiment ça se pousser), ils écoutent de la musique, et c’est comme ça tous les soirs de la semaine. Il y a clairement une atmosphère bon enfant et chaleureuse. Les chauffeurs de tricycle mettent leur système de son qui « griche » dans le tapis. Certaines maisons laissent entendre les succès de Bon Jovi et de Bryan Adams, et certaines d’entre elles subissent des interprétations karaoké qui donnent l’impression que finalement Normand L’Amour a vraiment du talent.

La terrasse de l'hôtel, vu sur la route nationale, le jour

La terrasse de l’hôtel, vu sur la route nationale, le jour

Ce soir, la toune de Titanic s’est fait entendre au moins 4 fois (je vous le jure!), ce qui confirme encore une fois qu’elle est la grande gagnante. « My Heart Will Go On » ne m’a jamais vraiment allumé. Mais ce soir, elle a inspiré mon article. (C’est-tu ça qu’on appelle de l’ouverture d’esprit?) Elle est bien ancrée ici, sans faire de mauvais jeu de mots marins. Ça m’a quand même fait réaliser que la toune de Titanic, elle est beaucoup plus le fun aux Philippines!

 

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2 avis sur « La toune de Titanic »

  1. Wow ! Ça fait rêver, surtout qu’aujourd’hui quand je regarde par la fenêtre, c’est pas pantoute turquoise !!!
    Merci les voyageux !

  2. C’est tellement un plaisir de vous lire. Vous me faites rire et rêver. Je suis contente de voir que vous êtes heureux!

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