Asie / Philippines

La Pluie

Bon, vous allez me dire que de nommer un article « La pluie » quand on est dans des pays tropicaux comme les Philippines, c’est ben ordinaire. Surtout que vous êtes tous Écœurés (oui, oui avec un grand É) de l’interminable température de m*rde du Québec. Et je vous comprends, c’est long longtemps, l’hiver c’t’année. Pis une campagne électorale assez morose, c’est sûr que ça pas aidé. Vous rêvez peut-être de soleil et de ciel bleu, mais comme dirait Fred Caillou avec la voix de Paul Berval : « J’ai des p’tites nouvelles en bleu pâle pour toé, Arthurrrr! ». Un moment donné, tu es tanné de tout ça. Tu veux de la pluie. Vous allez dire qu’on aime ça se plaindre. C’est pas de notre faute, c’est comme un gène qu’on a : on a besoin de nos 4 saisons. C’est indiscutable! Même mon beau-père nous le disait avant qu’on parte (mon beau-père a travaillé dans un Club Med à Haïti quand il était plus jeune). On est contents à la première neige, on est contents de mettre notre « suit de ski-doo ». On est contents quand il fait 10 degrés et qu’on capote en allant prendre une bière au printemps sur une terrasse. Et l’été, quand il pleut pas, on a envie d’aller faire du camping ou de la plage. En tout cas, d’être en vacances et d’avoir la Sainte Paix (oui, oui avec un grand S et un grand P). Mais, jamais, au grand jamais, on sacrifierait une journée de beau temps pour s’encabaner pour écouter un film. C’est pour ça que l’automne existe. On est contents de se mettre en mou et de regarder « Cœur circuit » à TVA un dimanche après-midi pluvieux sans R-E-M-O-R-D-S, parce que maudit qu’on aime ça. Pis on est ben contents de voir le sympathique Johnny 5. Parce qu’ici, on a quand même des remords quand on s’enferme et qu’il fait beau et chaud. Même s’il fait tout le temps beau. On est comme ça. Faque après 6 mois de beau temps, les ti-Québécois sont ben ben ben contents de la pluie!

 

La baie de Port Barton au coucher du soleil entre deux averses

La baie de Port Barton au coucher du soleil entre deux averses

Tout ça pour dire qu’il pleut ces temps-ci aux Philippines. Pendant notre dernière journée à El Nido, il pleuvait. Selon certains, il y avait un typhon dans les Visayas et on récoltait les restants. Si c’était des restants, je n’ose pas imaginer le plat principal… Anyway, nous, on était contents de la pluie. Trop de soleil. (Ça fait du bien un break, parfois!) On a passé notre après-midi de pluie à discuter avec Terrence et Gisèle, un jeune couple de Pinoys en vacances, fraîchement installés à Vigan, dans le nord de Luzon. On a parlé de long en large du pays. Terrence en avait de la jasette! Et on a compris. On a enfin compris où nous étions. On a compris les enjeux. On a compris les Philippines. Une lumière s’allumait enfin. (Merci la pluie! Et merci le gars de l’hôtel qui trouvait qu’il faisait noir dans le lobby…)

 

Terrence et Gisèle

Terrence et Gisèle

Donc, on commence enfin à comprendre où nous sommes. À notre gauche, on a l’Asie. À notre droite, on a l’Amérique. Les Espagnols ont été ici pendant 400 ans. Les Américains ont été présents durant le 20e siècle. Avant eux, il y avait les tribus, les « premiers » Pinoys, qui sont encore là, aussi forts que jamais. Le mystère des Philippines commence à s’éclaircir. Nous sommes en plein cœur d’un métissage ethnique fabuleux. Nous sommes dans un pays où la différence est la force. Où écraser son prochain est une faiblesse. On prend le meilleur de tous. On apprend la langue des autres provinces, des autres îles, des autres tribus. Les Philippines, c’est ça. Un peuple ouvert au monde, mais ouvert avant tout envers lui-même. Peut-être pour ça que ça s’appelle Les Philippines, et non La Philippine…

Ces choses-là, on découvre ça en discutant avec les gens, comme Terrence et Gisèle, Khen et Khar, Karese et sa mère, Susan, Jocelyn, Benjamin, Regina… Enfin, on peut les comprendre. Ils nous parlent en anglais, un anglais parfait. Sans oublier leurs langues maternelles, qu’ils parlent tagalog ou Visayas ou un tout autre dialecte. Ils sont trop fiers de leurs cultures pour les délaisser. Chaque île est différente, chaque île a sa culture, chaque île est un atout pour toutes les autres îles. Ils se tiennent, les Pinoys!

Un pays où les gens comprennent que l’éducation est la clé de leur prospérité. Les plus instruits quittent le pays pour gagner plus d’argent, afin de donner aux membres de leur famille la chance d’étudier à leur tour. Car selon Terrence, un ingénieur travaillant pour une compagnie pétrolière française, la plus grande ressource naturelle des Philippines est la main-d’œuvre spécialisée qui s’offre aux autres pays.

On commence à comprendre le pays. Et quelque chose se fait ressentir ici plus qu’ailleurs en Asie du Sud-Ouest : on sent un plus grand espoir. Un espoir palpable. L’éducation est cet espoir. Contrairement au Laos ou au Cambodge où aller à l’école se résume à apprendre l’anglais, ici, ils veulent devenir ingénieurs, docteurs, professeurs, avocats, comptables, architectes… Ils savent qu’ils méritent plus, ils savent qu’ils peuvent changer la donne. Enfin! Ça fait du bien de ne pas sentir une oppression quasi permanente. Enfin! Ça met du baume sur le cœur. Enfin!

Mais bien sûr, les Philippines sont beaucoup plus complexes, et ont plusieurs maux, comme la pauvreté extrême, qui font des ravages. Mais p’t’être ben qu’un jour…

Nous avons quitté nos nouveaux amis un matin pluvieux. Encore la pluie. Et nous nous sommes retrouvés à San Vicente. Lorsque nous sommes arrivés après un trajet tumultueux, humide et essoufflant, nous avons eu droit à des éclaircies, et le soleil nous a solidement récompensés. J’en ai vu des couchers de soleil, mais celui-là ce fut le plus beau que j’ai vu de toute ma vie. Trop de couleurs, trop parfait, un vrai tableau, il avait quelque chose d’irréel, de poétique. Un sentiment de chaleur et de vertige. On voyait les ombres des pêcheurs en train de préparer leurs bateaux pour la nuit. La marée était basse. La mer s’était retirée. Les bangkas étaient enlisées dans le sol humide, amputées de la mer. Les enfants chassaient les mollusques, les crabes et les moules. Les chiens errants essayaient d’avoir leur part aussi. Et nous étions sur le quai, témoins de cette si belle scène qui semblait bien lointaine de notre réalité.

Mais nous ne sommes pas atterris à San Vicente comme ça. San Vicente est une destination mystérieuse dont aucun guide de voyage ne parle. En effet, oui, ce fut un détour dans notre trajet. C’est après avoir lu un article du Inquirer, journal philippino, que nous avons décidé d’aller là. L’article mentionnait que San Vicente deviendrait une station balnéaire digne de Boracay (la plus célèbre plage et destination des Philippines) dans les prochaines années, car on y retrouve, à 4 km de la ville, une plage de sable blanc de 14 km… vierge. C’est-à-dire personne sur 14 km! Pas d’hôtel! Rien! Juste une plage de 14 km à nous tous seuls! Alors on a décidé d’aller voir ça. On a su profiter de la plage, mais la pluie s’est vite invitée. Heureusement que le soir, la pluie a encore laissé place au soleil qui a su achever son œuvre de la veille…

On a quitté le port de San Vicente en bateau pour filer à Port Barton. Ok, j’arrête trente secondes. Là, je sais pas ce qui se passe, mais il y a comme un complot. Port Barton est LE genre de village de bord de mer que nous nous imaginions depuis le début de notre aventure en Asie. On dirait que le pays s’est organisé pour qu’on l’adore trop. À tous les endroits où nous arrêtons, c’est exactement comme on se l’imaginait… mais en mieux! Je vous le dis, c’est un complot. Port Barton est relax, les maisons sont en bambous, la végétation est luxuriante, la mer est belle. Les jellyfish, un peu moins, par contre. Ils sont énormes, ils semblent ne pas posséder une intelligence à écrire à sa mère, mais c’est pas grave, il y a les adolescents de la place armés de bambous alias « l’escouade anti-jellyfish » qui s’occupent personnellement d’eux…

Il y a aussi la pluie qui part et qui revient. Le soleil aussi. Ils ont la garde partagée de la température. La pluie est magnifique dans cet univers tropical. L’humidité accablante tombe quand elle arrive. J’adore la pluie dans ce climat. Elle offre un élément de plus pour nous rappeler qu’on est loin. Tout en ayant le côté paradoxal d’être chaleureuse. Comme on l’a vécu dans la jungle de la Rio San Juan au Nicaragua. Comme on l’a vécu dans la jungle de la Bahia de Drake, au Costa Rica. Et là, dans la jungle de Palawan. Ici, la pluie semble arrêter toujours au coucher du soleil. C’est étrange, on dirait qu’elle marque une sorte de respect à cette bonne vieille étoile.

Et ce soir, la noirceur absorbe Port Barton, le ciel au loin au-dessus de la mer de Chine est déchiré par la pluie et les éclairs. Ce qui nous offre une vision des ténèbres qui s’entremêlent avec la mer et les montagnes, comme une métaphore naturelle qui nous rappelle bien cet endroit mythique où la beauté et la laideur se côtoient sans cesse, ce lieu unique qui est bel et bien l’Asie.

Après un léger recul, je peux dire que la pluie m’a raconté beaucoup de choses sur les Philippines. La pluie m’a fait comprendre. La pluie m’a rappelé mon monde. Merci la pluie!

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Un avis sur « La Pluie »

  1. Sacrafaze, comme dirait Jean- marc Chaput,on dit que les voyages forme la jeunesse,mais dans ton cas,on pourraient dire que les voyages forme l’écriture ,des fois je redoute que derrière chaque grand écrivain se trouve une femme :)) tout ça pour te dire mon Jean d’an 1/2 que tes textes sont de mieux en mieux.:)))
    Bonne journée et bonnes découvertes

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