Asie / Malaisie

La Ville

Il est 15 h 15, il pleut. Encore. Comme d’habitude. Toujours en fin d’après-midi. On entend l’appel à la prière. Les éclairs déchirent le ciel. Du haut de notre appartement au 23e étage, la scène semble irréelle. La pluie inonde les rues, les canalisations ne fournissent pas. Tous les jours, c’est comme ça. Mais le soleil est quand même très (trop) présent le matin. C’en est insupportable. Heureusement, les oasis se retrouvent partout, dans les (trop) nombreux gargantuesques centres d’achats. Haaa! L’air climatisé! On ferait n’importe quoi pour un peu d’air frais…

Notre bloc-appartements à KL

Notre immeuble à KL

Parmi tous ses centres d’achats, toutes ses mosquées, tous ses temples, tous ses marchés, toutes ses autoroutes, tous ses monorails, tous ses édifices plus grands que nature (et évidemment plus grands que Shaquil O’Neal, et surtout plus grands que Paul Cagelet), Kuala Lumpur est une ville du futur qui respire la différence. C’en est frappant. Un gros mélange de cultures qui se sont bien mélangées pour que tout le monde trouve son compte. Malais, Chinois, Indiens, Africains. Et ce qui rassemble les Malaisiens, c’est la bouffe! (La différence entre Malais et Malaisien : Malais est une ethnie, Malaisien est un citoyen de la Malaisie. Le féminin d’un Malais est bel et bien une Malaise. Ok, on a déjà compris le jeu de mots poche avec Malaise, gardez vos énergies pour des choses plus utiles comme regarder des fails de chèvres sur Youtube.) Ici, les hommes d’affaires Chinois mangent de la bouffe indienne, les Africains en tunique mangent de la bouffe taiwanaise, les Indiens portants fièrement le bindi mangent de la bouffe libanaise, les filles Malaises avec leurs niqabs mangent du McDo… L’atmosphère que dégage KL fait du bien. En grande partie grâce à l’attitude des gens, on se croirait dans un Montréal asiatique, où toutes les cultures rayonnent. Par contre, ne vous attendez pas à ce que Jean-Pierre Ferland écrive la chanson « Kuala Lumpur est une femme ». La Malaisie semble être un extra-terrestre en Asie du Sud-Ouest. Et Kuala Lumpur en est sa fière porte-parole. (C’est un peu dur à décrire ce qui règne ici, c’est pas comme l’Arctique, qui doit être facile à décrire, genre l’Arctique c’est clair que c’est blanc pis y fait frette en sale, pis tes chums, ce sont des pingouins ben cutes pis des ours polaires pas trop commodes, non?)

On a donc choisi Kuala Lumpur pour prendre une pause. C’est bien beau parcourir des milliers de kilomètres, voir plein de beaux paysages, prendre des transports insolites, découvrir des cultures tous les jours depuis 7 mois, c’est sûr que ça change de la routine. Mais ça devient épuisant. Et là, on s’est dit qu’il fallait arrêter un peu. On aurait pu arrêter pour 39 jours sur le bord d’une plage paradisiaque ou dans un village dans les montagnes, mais la ville nous interpellait plus. Il ne faut pas oublier que des choix comme ça, ça se décide par rapport à ce qu’on a vécu, ce qu’on a vu, d’où on vient et le plus important, ce qu’on a le goût de faire. De toute manière, une ville, ça bouge plus et c’est plus facile! C’est sûr que choisir Kuala Lumpur fut un coup de dés, on ne savait pas à quoi s’attendre. Mais depuis 7 mois, la plupart des décisions que nous avons prises ont toujours été à la hauteur de nos attentes. On y pensait à cette pause depuis notre retour en Thaïlande en mars dernier. Heureusement que les Philippines ont été LA destination dont on rêvait et qu’elles ont su livrer la marchandise (j’ai-tu déjà dit que les Philippines, c’est incroyable, c’est parfait, c’est fantastique), sinon on arrêtait… On s’est rendu compte en arrivant ici, à KL pour les intimes, que notre fatigue nous a rattrapés dans le détour. On a frappé un mur, et pour le traverser, il faut arrêter un peu, car l’autre bord du mur, il y a la Birmanie, l’Indonésie, le Sri Lanka et l’Inde… Vaut mieux être en forme!

I Love KL

I Love KL

Même si on a décidé de faire une pause, on apprend quand même à découvrir la ville de Kuala Lumpur. Et ce qu’on a découvert d’étrange, ce sont les multiples centres d’achat disproportionnés et la vie qui tourne autour de ces derniers. La classe moyenne asiatique adore ce style de vie. Ces temples de la surconsommation ressemblent tristement au portrait des lieux dans les films de science-fiction, comme dans Wall-E. Mine de rien, certains quartiers de KL comme le quartier Bukit Bintang sont comme des Dix30 à plus grande échelle. H&M, Guess, Adidas, Apple, Zara, Prada, Chanel, Mango, BCBG, Rolex, Sephora… Ils sont tous là. Chaque centre d’achat possède même un « mini-quartier » sous la thématique d’une grande ville asiatique, comme Tapei ou Tokyo. On s’est même surpris à aller manger dans un restaurant coréen (on parle ici d’un restaurant avec file d’attente, salle à manger, hôtes et service, pas genre un A&W ni un Tiki Ming, là) situé entre un magasin de souliers et un magasin de cossins Hello Kitty. Chose que je ne recommencerai plus d’ici la fin de mon séjour. Surtout que c’est une chose que je n’ai jamais faite au Québec, tsé genre aller manger aux 3 Brasseurs sur la terrasse dans le parking du Rona dans le Dix30. Pas que la bouffe n’est pas bonne, c’est juste que c’est… hum… ennuyant… Pas très romantique non plus, comme le gars qui invite une fille – qui voulait aller manger dans un resto français 4 étoiles Michelin dans le Vieux – pour la première fois pis lui dit : « Aille, on va aller manger au Dix30, babe, parce qui faut que j’m’achète un marteau pis du plywood. »  Je n’ai rien contre, c’est juste que je suis pas un grand fan de ces genres de centre d’achats, même mon correcteur automatique souligne « Dix30 » en rouge pour m’indiquer que c’est une erreur… Comme dit le vieux proverbe : « La vérité sort des correcteurs automatiques. »  À vrai dire, j’ai peur du Dix30, je suis un Dixtrentophobe. (Pour un gars qui tripe pas sur le Dix30, je l’ai cité 5 fois quand même en moins de 5 phrases…) Parlez-moi pas du Ikea ni du Carrefour Laval, je fais des boutons. Bref, on se tanne assez vite des trop gros centre d’achats de Kuala Lumpur qui standardisent la vie et qui ont 5 Starbucks, 4 McDonald, 3 Radioshack (ça existe encore ici, ainsi que les marques Citizen et Sanyo), 2 H&M et 1 Aldo (oui, oui, Aldo, le petit gars de chez nous) dans la même immense bâtisse. On y va que pour l’air climatisé entre les déplacements sous la chaleur accablante. Une chance qu’il y a encore les marchés locaux et les petits restaurants de quartier peuplés d’irréductibles Malaisiens qui résistent encore et toujours à l’envahisseur (heu… messemble que cette phrase-là me rappelle quelque chose, anyway…).  Une chance que ça existe encore…

Et ces marchés et ces restaurants, on les retrouve dans la plupart des quartiers flirtant avec le futur. Dans notre quartier, qui est adjacent à Bukit Bintang, c’est celui des imprimeurs. Il y a plein d’édifices qui gardent leurs portes ouvertes, et on aperçoit les presses qui y travaillent. Je ne suis pas un connaisseur en imprimerie, mais je suis capable de dire qu’il y a des presses qui doivent avoir l’âge de Jeanine Sutto! En fait, c’est un quartier populaire pris entre des centres d’achats, des tours à condos et des autoroutes. Bien sûr, ces fameux travailleurs doivent manger le midi. Dans notre quartier, le midi, c’est la folie, c’est bondé partout, car on y retrouve une multitude de restaurants locaux et de stands de bouffe. Oubliez le PFK ou le Valentine, ça « pogne » pas dans le quartier. On a le choix de manger de la bonne bouffe à des prix ridicules.

Une chose est sûre, je ne sais pas pour le pays, mais le multiculturalisme est certainement ce qui définit le mieux Kuala Lumpur. Et ce multiculturalisme a su montrer une de ses plus grandes qualités : la bouffe! Maudit qu’elle est bonne la bouffe ici! Si un jour tout cela devait disparaître, ce ne serait plus Kuala Lumpur. Et ça n’arrivera jamais, car ils aiment trop la bouffe malaise, la bouffe indienne, la bouffe chinoise, la bouffe taïwanaise, la bouffe coréenne, la bouffe iranienne, la bouffe africaine, la bouffe occidentale… Ici, la première chose à dire à quelqu’un pour être vraiment poli, ce n’est pas « bonjour » ni « comment ça va? », mais « as-tu mangé? »!!!  Ça dit tout! Comme dirait mon vieux chum Obélix : « Quand l’appétit va, tout va! »

Une autre chose qui est sûre, c’est que finalement cette pause nous fait réaliser qu’on est fatigués physiquement, mais pas mentalement. On préfère brasser nos valeurs que les endormir. On préfère manger un nasi lemak sur une feuille de banane que manger au Burger King. On préfère les marchés locaux aux giga-centres d’achat du futur. On préfère la manière locale de vivre à la manière « standardisée ». On préfère les gens simples à ceux qui s’enfargent dans les fleurs du tapis. On préfère ne pas se lever à 6 h pour aller travailler que… ouin, ça, c’est assez facile à comprendre… Finalement, cette pause était nécessaire, car on regarde les 7 derniers mois avec un recul et on se dit qu’on est loin de vouloir arrêter. Et heureusement que Kuala Lumpur nous offre deux univers totalement différents, et nous, on a choisi notre camp!

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