Asie / Myanmar (Birmanie)

Histoires no. 4 et no. 5

Histoire no. 4 : la saison des pluies

On se lève à 4 h 30 du matin pour se rendre à bicyclette parmi les temples. En chemin, on entend les moines chanter leurs prières. À l’aube, on grimpe sur un temple datant de milliers d’années, et on est les seuls au sommet. On regarde la plaine de Bagan, le soleil commence à se lever sur les milliers de stupas. On s’assoit, on apprécie le moment, la tranquillité, la sainte paix. Il n’y a personne. Le temple nous appartient, la plaine, la rivière, les montagnes, et tous les autres temples aussi, tant qu’à faire.

Bagan_temple

On reprend nos vélos. On se dirige vers un autre temple, on grimpe au sommet. Les gens y prient. Tout ça dans la quiétude du matin. Les écureuils et les oiseaux se gavent dans les offrandes de riz. On est seuls, encore une fois. Et le prochain temple aura une autre histoire, une autre ambiance.

bagan-temple2

Et plus tard, au coucher du soleil, il y a toujours les monuments qui émergent de la jungle. La rivière Ayerrawady au loin qui se marie avec les montagnes bleues. Le ciel orange. Du haut de notre temple, on se sent invulnérables. Les hirondelles se battent contre le vent. Nous aussi d’ailleurs. Mais on s’en fout. On est seuls sur le toit de notre temple. Parce que pendant cet instant, c’est bel et bien notre temple.

bagan-temple3

La plupart des temples ont un gardien, qui vit dans une maison de bambou juste à côté, avec sa famille. Son travail est d’entretenir les lieux et parfois d’ouvrir la porte aux visiteurs pour qu’ils puissent monter sur le dessus. Certains vendent des peintures faites à base de sable provenant de l’Ayerrawady. Mais ils ne sont pas très insistants. Ils veulent seulement parler, ou simplement échanger un sourire.

coucher du soleil Bagan

On est bien à Bagan. Une plaine où se retrouvent plus de 4000 temples construits entre les années 1057 et 1287. Notre hôtel est parfait. Nos photos sont incroyables. Les gens sont chaleureux et accueillants, on se sent vraiment les bienvenus. Comme partout au Myanmar, d’ailleurs. Personne ne nous achale pour nous vendre un tour organisé, ou un tour de calèche. L’ambiance de Bagan fait du bien. Il y a une bonne vibe. Et on a encore la chance d’avoir des confidences… Peut-être qu’on a le droit à tout ça parce que c’est la saison basse, car le temps est revenu à la vitesse des Birmans.  Je regarde la rue des restaurants qui est vide et je l’imagine durant la haute saison. Ça doit être l’enfer. L’ambiance mythique du Myanmar qui résonne partout dans le monde ne doit pas exister à ce moment de l’année, elle doit être cachée ben loin à quelque part, pour heureusement revenir en force à la saison des pluies. On a peut-être croisé 10 touristes lors de notre passage à Bagan. En tout. Il devait sûrement y en avoir plus, mais ils sont passés pas mal inaperçus. C’était les Birmans qui envahissaient les tea shops et les beer gardens. On devait rester ici 3 jours. On est restés 6 jours… 6 jours parfaits!

Et puis, on est arrivés à Nyaungshwe. Sur la rive du lac Inle. Le lac est encerclé par d’énormes montagnes et le temps est y frais. Il doit faire 30 degrés Celsius (au Québec, cette température-là, on l’appelle canicule. Ça l’air que la température c’est aussi relatif…). On est bien. Les nuages sont gris et menaçants.  Le paysage est épique.

lac inle

Sur le lac, il y a des villages flottants, des jardins flottants, des temples flottants, c’est un autre monde. Les gens ont su tirer profit de leur environnement. Ils forment une société qui vie en harmonie avec le lac, dans des maisons sur pilotis. Les petits chenaux qui traversent les villages ressemblent à de petites rues. Les barques y circulent comme si c’étaient des voitures.

Sur la terre ferme, dans les environs de Nyaungshwe, on retrouve un vignoble. En haut d’une colline, le paysage qui nous est offert est à couper le souffle. C’est quand même étrange de se retrouver dans un vignoble au Myanmar, surtout quand on se dit que le premier vignoble qu’on a visité, c’était celui de Moët & Chandon à Épernay, en France! On a eu la chance de goûter à plusieurs vins (dont un qui sentait le pneu brulé et goûtait le gouda fumé…), pour finalement partager deux bouteilles de vin de vendanges tardives avec d’autres voyageurs qu’on a rencontré. Ça l’air qu’il était bon, parce qu’on l’a tous apprécié. Et le set up était parfait!

On est retourné à Yangon dans un bus de nuit. Comme il nous restait du temps, on a décidé d’aller dans le sud-est du pays, où les gens s’autoproclament les plus gentils du pays. C’est drôle, parce que toutes les fois où des gens d’une région qu’on a visité disent ça, ils ont la plupart du temps raison. On a hâte de voir ça. En descendant au sud de Yangon, on quitte le « circuit touristique » du Myanmar, qui est le triangle Mandalay – Bagan – Lac Inle. On s’en va dans un coin un peu moins fréquenté.

Ce qui est fantastique d’être au Myanmar durant le début de la saison des pluies, c’est qu’il a plu seulement à Yangon.  C’est comme la saison des pluies, mais sans pluie!

Histoire no. 5 : la rumeur 

On était assis en train de boire un thé dans un resto à Bagan. Le patron vient nous voir, nous demande si on aime, si on est heureux, si on est bien, si on a besoin d’autre chose. Il ressemble étrangement à Joël Legendre, mais en longyi. On se présente, il a le temps de nous parler, il n’y a personne dans le resto. Il nous dit qu’il est déjà allé en Angleterre. Parle, parle, jase, jase, on cause de tout et de rien.

Soudain, un groupe de 10 Chinois passe devant le resto. Notre hôte arrête de parler. Il les suit du regard. Il attend qu’ils soient un peu plus loin et il se met à chuchoter : « Il y a une rumeur en ville. Ces gars-là, ce sont des Chinois. Ils traînent ici depuis quelques semaines. Il y a une rumeur qui dit que ces gens travaillent avec le gouvernement pour implanter une centrale nucléaire tout près, pour alimenter la Chine. »

Il fait une pause, inspire, et poursuit : « Le gouvernement liquide le pays. Il le vend aux étrangers. Juste pour s’enrichir. Prenez le gaz naturel. On en a plein ici, mais tout est vendu à la Chine. Alors pour nous, il coûte une fortune. Comme les gens n’ont pas les moyens d’en acheter, ils cuisinent encore au feu de bois. Et là, du jour au lendemain, on parle de nucléaire. Les gens crèvent de faim. Vous avez vu, ils se promènent encore en charrette. Ça va trop vite. Pourquoi le nucléaire? Quand on peut faire des éoliennes, des panneaux solaires et de l’hydroélectricité. Ça va trop vite. Les gens ont peur du nucléaire. On ne sait pas quoi faire? Qu’est-ce qu’on devrait faire? »

Après ces phrases, un silence est venu alourdir l’ambiance. Les mots résonnent encore. «We’re scared. What can we do? What should we do? ». Ces questions ne s’adressaient pas vraiment à nous, elles semblaient être un appel aux changements qui ne se font pas à cause de la peur. Et d’un gouvernement pas très clean.

Sûrement que des rumeurs comme ça circulent depuis le début du contrôle totalitaire de la junte. Peut-être même ont-elles été le meilleur outil de propagande du gouvernement. Quand on pense que pour nous, une rumeur, c’est quand « il parait que Louis-François aurait trompé Patricia avec la femme de Jean, c’est pour ça qu’ils retardent leur mariage »…

Advertisements

Un avis sur « Histoires no. 4 et no. 5 »

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s