Asie / Myanmar (Birmanie)

Histoires no. 6, no. 7 et no. 8

Histoire no. 6: Le Sud-Est du Myanmar

Après avoir visité le Nord, on est revenus à Yangon pour nous rendre à Kinpun, dans le Sud-Est du pays. Ce village est le point de départ d’un long pèlerinage bouddhiste qui a lieu une fois par année et qui mène les pèlerins en haut de la montagne où se trouve la fameuse Golden Rock, un autre lieu sacré très important pour les Birmans. Cette roche est une immense pierre qui proviendrait du fond de l’océan et qui tiendrait en équilibre sur un autre gros caillou grâce à… un cheveu de Bouddha! Tout au long de l’année, le rituel le plus populaire consiste à appliquer une petite feuille d’or sur la roche sacrée. Seulement les hommes sont autorisés à le faire. Selon le Lonely Planet, c’est là qu’on retrouve la plus belle vue du Myanmar. Malheureusement, pour nous, c’était le brouillard total. Mais cet écran blanc nous a quand même offert une atmosphère vraiment paisible et reposante.

La fameuse Golden Rock

La fameuse Golden Rock dans le brouillard

Après Kinpun, on est débarqués à Mawlamyine. Ancienne capitale pendant l’occupation britannique, cette ville respire la mélancolie. Les bâtiments coloniaux sont décrépits, les rues sont remplies d’arbres massifs et de palmiers (et de mousse verte sur les trottoirs), une montagne où s’alignent au sommet plusieurs temples et pagodes sépare la ville en deux, une panoplie de mosquées et d’églises envahies par les pigeons décorent la ville. Pensez à la mer qui borde ses rives (elle ressemble en fait à une grande rivière car il y a une grosse île juste en face, accessible seulement en traversier ultra-surchargé de marchandises). Imaginez que Georges Orwell a commencé sa carrière de policier ici. Ajoutez un vieux tea shop qui est une institution ici et qui semble sortir d’un film d’époque. Voyez-vous le portrait? Et le meilleur qu’on y retrouve, ce sont les Birmans. Parce qu’on est dans une ville de 300 000 habitants, mais on se sent comme si on était dans un village. Et selon plusieurs, les Birmans les plus gentils du pays se retrouvent ici. Je dois dire qu’ils ont pas mal raison!


Les Mawlamyinois sont trop heureux de voir des Occidentaux. On en a eu des accueils chaleureux durant notre voyage. Je me souviens particulièrement d’une fois aux Philippines, à Loboc, sur l’île de Bohol. Mais franchement, Mawlamyine remporte haut la main. Même que parfois, certains n’avaient pas l’air de croire que nous étions réels! On s’en rendait compte juste par l’étonnement qu’on pouvait lire sur leurs visages. Comme s’ils croisaient des extra-terrestres. Vous avez sûrement compris, qu’ici, ils n’en voient pas gros des p’tits blancs. On est une minorité très visible. Et quand on se promenait, on passait notre journée à saluer, à dire bonjour aux gens, à discuter avec des policiers en « gougounes » et à se faire prendre en photo avec les jeunes qui possèdent tous un téléphone intelligent (tous achetés à des prix extrêmement modiques et ridicules – modiques et ridicules ne sont pas les mots tellement le prix est modique et ridicule – au marché noir des téléphones intelligents). Et comme on y est restés presque 5 jours, les gens commençaient à nous reconnaître. Et tout comme eux, nous aussi on était trop heureux de les voir les Mawlamyinois!

Rue de Mawlawmyine

Rue de Mawlawmyine

De toutes les villes asiatiques que j’ai visitées, Mawlamyine représente l’image de l’Asie romantique comme je me l’imaginais. C’est ma préférée. L’ambiance que dégage cette ville est unique. Un exotisme qu’on n’a pas vraiment retrouvé ailleurs. Un exotisme chaleureux où on se sentait comme à la maison. En 9 mois de voyage, Mawlamyine est vraiment mon coup de cœur ultime. Je n’aurais pas eu de difficulté à y rester plus que 5 jours. Et en prime, on a eu droit à des sacrés beaux couchers de soleil. On pouvait bien en profiter car il y a une promenade sur le bord de l’eau, où le soir, plusieurs stands de bar-b-q s’installent, et on pouvait arroser ça avec une bière. La belle vie, quoi!

Malgré tout, une mélancolie s’y fait ressentir. On a rencontré un vieil homme dans le vieux tea shop. Il nous a raconté qu’avant le contrôle totalitaire de la junte, Moulmein (l’ancien nom) possédait 4 cinémas (ils ont tous fermés à cause de la réforme du gouvernement militaire). Il venait prendre le thé ici et allait au cinéma qui était situé juste en face. On dirait que le fait d’être dans une ville sans cinéma apporte beaucoup de tristesse et d’ennui. Heureusement pour les Birmans, il existe le marché noir de dvd piratés (comme celui des téléphones intelligents).  Selon moi, le vieil homme doit être un grand consommateur, parce qu’il s’est vanté de connaître beaucoup d’acteurs hollywoodiens : « You know, I know Nicolas Cage. »

Jean-D au plus vieux tea shop de Mawlawmyine

Jean-D au plus vieux tea shop de Mawlawmyine

 

Histoire no. 7 : Le train de Yangon

Pour notre dernière journée, on s’est gardé une belle activité de touriste à faire à Yangon, c’est-à-dire prendre le train qui fait une boucle en périphérie de la ville, en 3 heures. Lorsqu’on a acheté nos billets d’une valeur de 0,20 $, on a fait une belle rencontre. Une dame âgée d’une soixantaine d’années d’origine birmane qui est déménagée à Londres avec ses parents lorsque la junte a pris le pouvoir. La première fois qu’elle est revenue dans son pays natal, c’était en 2011. Et la deuxième fois, c’était là. Ce qui est étrange et qui représente bien la force de la propagande du gouvernement militaire, c’est que la dame n’a jamais osé parler contre eux à voix haute. Lorsqu’elle en parlait en mal (rares sont ceux qui en parlent en bien), elle chuchotait ou mimait les mots avec sa bouche. Car jadis, plusieurs espions de la junte se mêlaient à la foule afin d’arrêter ceux qui parlaient et pensaient trop; une sorte de police de la pensée, comme aurait écrit Orwell. L’effet de la peur a fait son œuvre, jusqu’à l’extérieur des frontières.

Do qui achète les billets de train.

Do qui achète les billets de train.

On a donc passé tout le trajet avec elle et sa fille de 20 ans. Ce qui était cool, c’est qu’on avait une interprète. Une vraie valeur ajoutée pour notre trajet! On discutait de tout et de rien, le paysage passait. Après 1 heure, c’était une petite balade sympathique. Plusieurs vendeurs entraient et sortaient pour vendre nourriture, boisson, noix de bétel, ruban adhésif, crayons, etc. Car dans ce genre de pays, tout se vend, partout, dans le bus, dans le train, sur la rue, et il y a toujours quelqu’un pour acheter n’importe quoi! Puis on est arrivés à une station bondée de gens. Et c’est soudainement devenu très intense. Très, très intense! Tout le monde criait; des paniers, des ballots, des légumes et des colis se faisaient porter d’un bord pis de l’autre. En 30 secondes, notre wagon était rempli de stocks. Notre amie-la-dame-anglaise-birmane a fait son enquête et nous dit qu’on s’était assis dans le mauvais wagon, car celui-ci était celui de « deuxième classe », utilisé par les fermiers pour transporter leur marchandise. On aurait dû payer 0,10$ pour être ici, au lieu de 0,20$… Très belle erreur! On était bien contents de s’être trompés! On était encore une fois les bienvenus, et les gens nous offraient des fruits gratuitement. On faisait partis de la gang! Notre voyage en train a pris soudainement une autre allure.

Notre wagon rempli de stocks.

Notre wagon rempli de stocks.

Toute la marchandise et les gens sont débarqués un peu plus loin, pour le marché. Une autre dame avec son kit de salade qu’elle portait sur la tête est entrée pour vendre sa salade (sans mauvais jeux de mots). Évidemment, on avait faim, on en a acheté. J’ai pris une salade aux feuilles de thé fermentées et Do a pris une salade de nouilles très « spicy ». C’est toujours incroyable de voir le nombre de sortes de salades que ces dames peuvent faire avec si peu d’ingrédients, et de gouter à une si bonne bouffe de qualité à des prix ridicules. Et encore une fois, grâce à la dame anglaise-birmane, on a pu savoir ce que la vendeuse nous disait. « C’est la première fois que des étrangers goûtent à ses repas, parce qu’elle ne parle pas anglais et c’est difficile de communiquer, elle est vraiment fière, elle veut savoir si vous aimez? »

Le train de Yangon

Le train de Yangon

Histoire no. 8 : La fin

L’heure de pointe en fin de soirée à Yangon est incroyable. L’ambiance est marquée par le mélange d’odeurs et de couleurs. Les stands de rue qui se montent malgré le trafic, les vendeurs dans les kiosques de noix de bétel à tous les coins de rue qui préparent leurs ingrédients, les vendeurs de fruits qui ajoutent une touche parfumée et exotique dans ce beau chaos. C’est kitsch, mais à cette heure, Yangon respire une fantaisie, une magie et une mélancolie incomparable. Notre dernier repas a été un poisson grillé accompagné de dumplings et d’une grosse bière, dans un stand de la 19ieme avenue. Ensuite, on est retournés à l’hôtel à pied pour profiter de nos dernières heures, et bien s’imprégner de cette ville, de ce pays. En arrière-plan, tout au bout, la Sule Paya, une pagode faisant office de rond-point, était illuminée. Rares sont les pays qui sont venus nous chercher comme ça. C’était unique, il fallait essayer d’arrêter le temps un peu. Ça a passé trop vite! On s’est couchés avec un énorme pincement au cœur. Ça nous a fait de quoi de quitter le pays. Mais en même temps, on était heureux que le pays nous ait fait tant d’effet. Le Myanmar, sa tranquillité, sa beauté, son peuple, sa nostalgie, tout ça, ça fait un beau mélange.  Avant d’arriver ici, les gens nous disaient que les Birmans étaient la crème de la gentillesse en Asie. Après avoir passé 2 mois aux Philippines, on trouvait ça dur à croire. Mais ils avaient raison. Leur douceur, leur respect et leur accueil sont sans pareil. Je n’aurais jamais été capable de prédire qu’un autre pays pourrait accoter les Philippines, mais le Myanmar a réussi. On a été traités comme des invités d’honneur!

Je m’ennuie déjà des temples de Bagan, je m’ennuie du lac Inle. Je m’ennuie déjà de Yangon et de Mawlamyine. Je m’ennuie des longyis, de la pâte thanakha et même des sourires rougis par la noix de bétel. Je m’ennuie de leur tempérament doux et respectueux. Je m’ennuie déjà de ce merveilleux peuple, je m’ennuie des Birmans. Je m’ennuie déjà de ce pays!

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