Asie / Sri Lanka

L’art du waggle

Ouf… Par où commencer? On a eu droit à beaucoup d’action pour le début du Sri Lanka. Et beaucoup de stress, d’attente, de tournage en rond, de recherche d’informations, de validation d’informations, de fausses routes, de bonnes routes. Tout ça en compagnie de notre petit dernier, mon ami Éric qui est fraîchement débarqué ici.  Ajoutez à ça des Sri Lankais trop sympathiques, très intrusifs, très amicaux, mais aussi très, très  intenses. Voilà, ça résume pas mal la première partie du Sri Lanka! En plus, ajoutez des nouveaux visages, car on n’est plus en Asie du Sud-Est. Et en extra, il y a le waggle.

Mais qu’est-ce que le waggle? Dire « waggler de la tête » est un pléonasme. C’est comme hocher de la tête, mais de gauche à droite. C’est un mouvement de la tête qui ressemble à un mélange d’approbation et de désapprobation. Un genre de « oui-non » de la tête. Pour nous, ça ressemble à notre « ouin, chui pas sûre ». Mais pour eux… Tout dépendant du contexte, ça peut vouloir dire « bonjour », « ça va bien », « oui », « non », « peut-être », « ok », « c’est délicieux », « ça marche », « ça se peut », etc. En fait, ça veut dire ben des affaires. Pas comme une toune de Marie-Mai, qui ne veut pas dire grand chose, à part nous montrer comment épeler le mot Cobra… Les premières fois, c’est déstabilisant, on sait pas trop ce que ça veut dire. Mais, il faut juste être attentif, et parfois les gestes des mains nous aident à comprendre. Et à un moment donné, tout devient clair. Et ça commence à déteindre sur nous.

Ceci dit, le Sri Lanka a commencé en nous rentrant dedans. On pensait faire un bon coup en allant habiter à 6 km du centre-ville de Colombo afin d’économiser sur le prix de l’hôtel. En effet, on a économisé. L’hôtel était bien. Mais on avait oublié que pour partir et y revenir, il fallait négocier un tuk-tuk à chaque fois. Et négocier quand on n’est pas habitués au waggle, c’est un peu mélangeant. Il y avait aussi les chauffeurs tellement excités à l’idée d’avoir à transporter des étrangers qu’ils faisaient leurs shows (lire, ils conduisaient tout croche, la musique dans le tapis dans des speakers dignes du Dollarama, juste pour nous impressionner). Les Sri Lankais aiment ben ça épater la galerie, surtout les p’tits blancs becs comme nous.  Et mine de rien, absorber tout ça, ça demande beaucoup d’énergie.

La chose qui gossait le plus, c’était de faire notre visa pour l’Inde à Colombo, dès le jour de notre arrivée.  En tout et partout, on a dû aller à l’ambassade 5 fois. C’était essoufflant et stressant. En plus, tout ce stress avait commencé en Malaisie, lorsque nous avions rempli notre demande de visa en ligne, dans laquelle on devait répondre à des questions un peu absurdes et pas très précises, sans trop savoir quoi écrire, du syle « Si Pierre a 3 patates, et que Janine a 8 carottes, alors pourquoi un bateau navigue sur l’Océan Pacifique à 80 nœuds une journée de mai ensoleillée pendant que Gilbert Sicotte participe à un concours du plus gros mangeur de hot dog de la Saskatchewan? ». Et l’Inde demande un format très spécifique pour les photos pour le visa. On a réussi à s’obstiner avec une madame chinoise qui nous disait que les photos qu’elle nous avait imprimées étaient correctes et que l’ambassade allait les accepter. Disons qu’on hésitait à se fier à sa grande connaissance de l’ambassade indienne. Mais bon, on a finalement trouvé le bon format ailleurs dans une autre boutique, parce que la madame chinoise, elle voulait plus rien savoir de nous autres, elle nous avait sacré dehors.

Arrivés à Colombo, le premier coup, on a découvert que certaines erreurs (un peu trop subtiles) s’étaient glissées dans nos réponses sur nos formulaires. On a dû re-remplir notre demande en ligne. (Je sais que « re-remplir » n’est pas vraiment français, mais quand tu fais ton visa indien, même « fuck » et « colisse » deviennent des mots très français et très acceptables qui se conjuguent aussi très bien…) Une heure plus tard, on y est retourné une deuxième fois, pour se faire dire qu’il fallait aussi leur remettre nos relevés bancaires des 6 derniers mois. Bref, la troisième fois, ça a été plus productif; on leur a donné nos 30 pages de relevés de compte, on a payé les frais, le gars a gardé notre dossier tout en wagglant. Mais l’histoire là-dedans, c’est qu’il fallait revenir porter notre passeport une semaine plus tard pour terminer les procédures… Et ça se pourrait qu’on ne l’ait même pas, le fameux visa… Vive l’Inde, ça a l’air vraiment pas compliqué… Mais on n’avait pas le choix, il fallait revenir… Qu’est-ce qu’on fait pendant ce temps?

Dans le sud, il pleut. Donc, on est allés vers l’est dans les montagnes de Kandy. On a tourné un peu en rond. On a mangé beaucoup de trop de dahl (curry de pois chiche), à s’en rendre malade.  Et puis on est rentrés dans la culture sri lankaise, presque malgré nous. On a découvert le train.  Pour vivre des moments intenses et culturels, le train est le meilleur moyen. Et dans le train, les étrangers deviennent des méga-stars. Et si tu veux être le gars le plus populaire sur Facebook avec le plus d’amis qui savent waggler, t’as juste à aller au Sri Lanka… Aussitôt que tu as une discussion de plus de 2 minutes avec le Sri Lankais moyen âgé entre 15 et 30 ans, il va te demander d’être son ami Facebook. Même si la discussion était vraiment de base…

Quand nous sommes retournés à Colombo, pour aller une 4e fois à l’ambassade, on a dû se séparer d’Éric dans le train. Lui a été dans le wagon de seconde classe, et nous, on s’est sacrifiés pour la troisième classe (car il ne restait que ces billets). Do et moi, on s’est retrouvés dans un wagon avec une famille trop sur le party. Parce qu’un Sri Lankais, ça ne voyage pas seul ou à deux. Ça voyage en groupe de 20! Avec assez de victuailles pour une semaine. Et assez d’alcool aussi. Dans notre wagon, ça sentait limite le fond de tonne. Les hommes jouaient du tambour et chantaient, les femmes dansaient, les jeunes riaient de leurs mononcles saouls. Et comme partout, les enfants étaient curieux… et avaient beaucoup de répartie. Dans un anglais presque parfait, j’ai eu une conversation avec deux jeunes hommes de 10 ans.

-« Est-ce que c’est comme ça dans les trains au Canada? » me demande un des 2 jeunes garçons.

-« Non, on ne peut pas boire d’alcool dans les transports publics, on ne peut pas y danser et le train n’est pas un transport très utilisé chez moi. »

Moment de réflexion.  Les deux garçons se regardent. Ils wagglent. Et le deuxième me demande :

-« Est-ce que c’est plate dans ton pays? »

BOOM! Et ça ne faisait que commencer…

C’était assez intéressant de parler avec ces jeunes hommes. Ils posaient beaucoup de questions. J’étais bombardé. Une n’attendait pas l’autre. Comme, par exemple :

-« Avez-vous des éléphants? » « Non »

-« Avez-vous des montagnes? » « Oui »

-« Où sont tes parents? » « Chez moi, dans mon pays »

-« Est-ce tes parents s’en viennent au Sri Lanka? » « Pas sûr »

-« As-tu une sœur ? » « Oui »

-« Est-ce que ta sœur s’en vient au Sri Lanka? » « Non »

-« C’est qui le plus grand chanteur dans ton pays à part Justin Bieber? » « Sylvain Cossette »

-« Aimes-tu Justin Bieber ? » « Non, je préfère Francis Martin »

-« Est-ce c’est vrai que le Canada était une colonie anglaise? » « Oui »

-« Avant les Anglais, est-ce que c’est vrai que c’était une colonie française? » « Oui »

-« Ok, mais avant les Français, c’était qui les gens qui vivaient au Canada? » « Les Amérindiens… »

-« Si les gens parlent français et anglais dans ton pays, où est l’héritage qu’ont laissé les Amérindiens? Avez-vous appris de ces gens? » « Heu… Justin Bieber, c’est pas un Inuit?!! »

Je vous le dit, ils savaient même la date précise de la conquête des Britanniques à Québec. Ils savaient aussi la date de la création de la confédération Canadienne. Ils parlaient même quelques mots en français. Je suis sûr qu’ils en connaissaient beaucoup plus sur notre pays que bien des Québécois et des Canadiens. C’est presque triste! Et après, il y a du monde chez nous qui réussissent à chialer contre les immigrants et qui les mettent tous dans le même panier. Certains d’entre eux en connaissent beaucoup plus sur notre histoire que plusieurs de mes concitoyens. Pensez juste à mes amis Philippins qui sont en processus d’immigration pour venir au Québec et qui connaissent très bien les enjeux québécois et qui travaillent très fort pour apprendre le français. Comptez sur moi, après 11 mois, je m’en suis vite rendu compte.

Quand on est arrivés à Colombo, disons que l’arak (un alcool à base de noix de coco) que mes nouveaux amis Facebook du train m’avaient offert avait un peu (trop) fesser fort. J’avais juste le goût de dormir. Heureusement qu’on avait eu un méga deal pour une chambre de luxe située juste à côté de l’ambassade indienne! (On commence à devenir « chochottes » avec nos chambres, on commence à être tannés des chambres un peu miteuses et douteuses. Après 11 mois, on a eu notre lot, donc on peut se le permettre de temps en temps, je pense. Mais pourquoi je me justifie au fait?)

Et on a été pour la 4e fois à l’ambassade. On y a laissé notre passeport afin de le ravoir le lendemain après-midi. Mais ça se « peut que non, mais peut-être, mais plus oui que non, mais appelez à ce numéro avant, parce que oui ça se peut que vous ne l’ayez pas, mais non en même temps, en tout cas, checkez ça. » Sourire de la fille fonctionnaire tout en wagglant. Je l’ai regardé  avec un spasme dans l’œil gauche « Ok ». Une impression de déjà vu, comme dans la maison des fous dans « Les douzes travaux d’Astérix. » Après tout, qu’est-ce que je pouvais faire? Alors j’ai wagglé pour la première fois.

Et le lendemain, pour la 5e fois (et « peut-être que oui, c’est la dernière fois, sauf que des fois, ça prend plus de temps, tsé, waggle, waggle »), à 16h, on s’est pointés à l’ambassade. Les employés nous ont reconnus. Ils nous ont wagglé. Ils nous ont demandé si on avait aimé Kandy (parce qu’on leur avait dit.). Ils ont wagglé. De retour à moi-même, je ne savais pas que c’était pour me stresser autant que ça de savoir si ça passait ou si ça cassait. Mon cœur débattait, et pour me résonner je me disais « Au pire, si je ne l’ai pas, j’aurai essayé». Mais je ne concevais pas que je ne pouvais pas mettre les pieds en Inde. On a été au bureau assigné. « Quel est votre nationalité? » « Sri Lankais » Le gars rit en wagglant. Ça, c’est un méchant combo, rire et waggler, ça doit valoir 15 000 points à Mortal Kombat 3 au Super Nintendo. Je me ravise : « Canadien » Le gars waggle et il fouille dans les passeports. On voit les nôtres. Il nous les tend en wagglant. On ouvre, et il était là : le fameux visa Indien qui nous avait fait vivre tant de stress, d’attente, de tournage en rond, de recherche d’informations, de validation d’informations, de fausses routes, de bonnes routes. Comme le Saint-Graal! Et tous les fonctionnaires se sont mis à  waggler, à danser et à chanter sur un air de Bollywood. Il ne manquait que Nico Archambault qui pète le style en faisant des moves de robot. C’était malade!

Bref, on a notre visa de l’Inde en poche, le Sri Lanka peut (enfin) commencer. On est prêts! Mais pourtant, sans qu’on s’en rende compte, le Sri Lanka avait déjà fait son œuvre. On était peut-être trop concentrés sur notre visa pour le réaliser, mais on a énormément été confrontés à la culture. On est loin de l’Asie du Sud-Est. Oui, on a peut-être tourné en rond, mais le Sri Lanka s’est laissé apprivoiser rapidement. Pas comme la fois où j’essayais d’apprivoiser Germain Houde avec une barre tendre au mélange du randonneur, ça été vraiment plus long, mais j’ai quand même réussi, faque je lui ai construit une niche dans ma cour pis je lui ai acheté une belle laisse avec des spikes, anyway, on s’en sacre Jean-Daniel…

Le plus important dans toute cette histoire, c’est qu’on a appris l’art du waggle!

Bon astheure, y sont où les éléphants sauvages?

Au fait, un éléphant sauvage au Sri Lanka, ça waggle-tu?

On verra…

 

 

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