Asie / Inde

« Pis c’est comment l’Inde? »

Quand j’ai ouvert ma boîte de courriel le 3 octobre dernier, un vieux copain m’avait envoyé un message très court : « Pis, c’est comment l’Inde? »

C’est une énorme question, à laquelle j’ai dû un peu (beaucoup) réfléchir. Quoi répondre à ça? Ça faisait même pas 72 heures qu’on était atterris. Il aurait pu genre m’écrire « Dis-moi ce que tu penses du rapatriement de la Constitution Canadienne malgré l’échec du Lac Meech et de Charlottetown ». Je pense que ça aurait été plus simple. Car l’Inde, c’est un monde assez complexe. J’ai décidé de laisser mûrir mon opinion quelque temps avant de répondre. Parce que c’est impossible de rester insensible à ce pays, et ce, dès qu’on y pose le pied. Comme lorsque j’ai vu pour la première fois les yeux de Jean-Luc Mongrain en 1988. Qui peut rester insensible à ça? Pis dans le temps, il avait une moustache. J’y pense souvent d’ailleurs. À chaque fois que je vois un Indien moustachu. C’est comme s’il était écrit en néon rose au-dessus de sa tête « Sosie de Jean-Luc Mongrain de Sel 1988 ». Anyway. Car, tout comme l’ophtamologie et la pilosité de Jean-Luc en 1988, l’Inde, c’est évidemment un autre monde.

Nous sommes atterris dans le sud du pays. On s’était fait dire que c’était plus « soft » que le nord. Mais c’est quoi que ça veut dire « soft » pour l’Inde…? Avec toutes les histoires plates qu’on a entendues (arnaques, perte d’argent, transport difficile, gars pas gentils), disons qu’on était pas mal stressés et on a décidé d’essayer de prendre le pays comme il vient. Parce qu’avec notre expérience, on a fini par comprendre que pour aimer un pays, il ne faut pas résister. Rien ne sert de se battre, il faut le prendre comme il est. C’est mieux de se laisser vaincre. Alors l’Inde, je m’attends à ce qu’elle me rentre dedans, à ce qu’elle me casse, à ce qu’elle me rentre dans la peau, à ce que je la ressente dans les tripes, à ce qu’elle fasse parti de moi. Je vais la laisser faire. Et parfois, c’est mieux d’être vaincu pour mieux vaincre… C’est impossible de gagner contre un pays, surtout l’Inde. Il y a ici 1 200 000 000 Indiens qui wagglent presque tous en même temps (sans compter les touristes et les expats, et sûrement d’autres personnes qui n’ont pas été recensés) et qui eux, se battent à tous les jours contre leur propre pays. Certains gagnent, et beaucoup perdent… Do et moi, on représente 0,0000000016% de la population, faque je pense pas qu’on pèse lourd dans la balance. En plus, on ne vient clairement pas d’ici. Je suis pas fataliste, il faut seulement apprendre à choisir ses batailles. On est mieux de fermer notre yeule et prendre le temps de s’adapter. Parce qu’il faut prendre le temps.

Quand on est atterris à Madurai le 1er octobre, on s’attendait à tout et à rien. Madurai, une petite ville de 1 million d’habitants, semble être sortie du far-west. On est loin de Montréal, une grosse ville de 1 million d’habitants. Madurai ressemble à un village. Il n’y a pas vraiment d’infrastructures. Mais un des plus beau et important temple hindouiste du pays se retrouve en plein cœur de la ville. Madurai est une ville sainte. Les édifices autour du temple sont colorés. Et toutes ces couleurs dynamisent la ville. Il y a aussi beaucoup, beaucoup de trafic, des klaxons et, surtout, aucun code de la route. Ajoutez à ça des vaches. Dans le trafic, l’ami! Vache #1 qui dort dans le milieu de la route, Vache #76 qui mange dans les vidanges, Vache #109 qui bloque le passage, Vache #203 qui est entourée de gens qui la nourissent de pelures de bananes, Vache #278 qui se faisait traire au coin de la rue entre les motos stationnées, Vache #302 qui prenait le thé en lisant son 7 jours. Ok, il faut dire que les vaches ont un droit acquis en Inde; c’est la représentation d’un de leurs nombreux dieux. Faque, don’t fuck with the Indian cows. (Donc, la viande de boeuf est un sujet très tabou, même McDonald a dû se conformer aux règles, pas de Big Mac en Inde.) Et tout ce beau melting-pot, ça crée un méchant gros chaos. Qui n’est pas sans charme. C’est ce qui donne du caractère à ce pays. Car lorsque l’on prend le temps de regarder ce qui s’y passe, tout ça devient intéressant et d’une beauté percutante. On y voit les enfants jouer au criquet dans les ruelles, les hommes boire leur chai au coin de la rue en riant, les femmes avec leurs saris colorés, les vaches qui vivent comme des dieux. Les odeurs sortent de partout. Les couleurs partout. Le bruit est omni-présent. Ajoutez à ça le beuglement de vaches qui me rappelle le son de la porte de la ferme Fisher-Price en 1986 (2 ans avant que je vois les yeux de Jean-Luc Mongrain). Et quand on rentrait à notre hôtel, on avait la face sale et les pieds noirs. Et on était fatigués, je dirais même brûlés, sûrement à cause que nos sens étaient un petit peu trop convoités…

Et un moment donné, on s’est dit : »Bon, on est en Inde, faudrait checker nos affaires pour se faire un plan de match… On s’en va où, astheure? » Et c’est à ce moment donné qu’on a rencontré le premier obstacle (après le trafic, le bruit, la quantité halucinante de gens…). Habituellement, avant d’arriver dans un pays, on ne planifie pas grand chose. On connait les grandes lignes, on a lu sur le pays, sur la culture, sur les « do » et sur les « don’t ». Mais rares sont les fois où nous avons fait un itinéraire vraiment défini, car c’est ben le fun de juste suivre la route qui s’ouvre devant nous, sans check-list. Et quand on prenait le temps d’oublier la check-list et l’itinéraire, c’est là qu’on vivait les meilleurs moments. Donc, je reviens à ce moment donné du début du paragraphe. On s’est rendu compte que pour partir en train de Madurai, on aurait dû se préparer 2 mois à l’avance. Parce qu’il y en a du monde dans ce pays, et qu’ils aiment ça se déplacer en train (et en groupe de 18)! Et pour se rendre aux autres villes avoisinantes, il y avait que des bus de nuit (qui ont la réputation d’être assez désagréables et les chauffeurs ont le coude assez léger…). Finalement, la seule option possible pour nous était un beau bus de 6 heures (qui en a pris 9) dans le jour pour Chennai. On a passé à coté de choses qui avaient l’air vraiment intéressantes, mais c’est la game du voyage. On manque des choses pour en voir d’autres. C’est ça qu’on s’est dit. Comme le fait qu’on a manqué la dernière saison de L’Auberge du Chien Noir car nous étions en Asie. (Avoir su que c’était la dernière saison, j’aurais investi dans un cinéma maison pour l’écouter et dans des divans qui vibrent à toutes les fois que Claude Prégent parle et j’aurais pu dire « Claude Prégent me fait vibrer », au lieu d’aller manger du riz pendant un an, tsé…) Mais c’est pas grave, je l’ai programmé sur mon VHS, faque je vais pouvoir l’écouter en boucle en sifflotant la chanson thème.

Mais aller à Chennai était quand même stratégique de notre part. Car selon notre fidèle Lonely Planet, le bureau touristique de réservation fait apparaitre des billets de train comme par magie pour les touristes! Des vrais Alain Choquette ferroviaires! Mais en moins blond. On s’est assis au bureau, on a passé 1 heure et demie à acheter nos places pour les grosses destinations afin qu’on puisse voir ce que l’on veut voir. On a pris le temps de planifier. Au final, on a acheté 7 billets répartis dans les 2 prochains mois, de la mythique Mumbai au majestueux Rajhastan, du célèbre Taj Mahal à la sainte Varanasi. Et on s’est laissé du jeu entre tous ces trains, afin de pouvoir bifurquer un peu de notre plan de match. J’espère qu’on a bien fait, qu’on aura assez de temps…

On est pas restés trop longtemps à Chennai, puisqu’on a eu des billets magiques pour Mysore le lendemain. Une autre destination surprise qui n’était pas à l’horaire. On a vraiment aimé Mysore. On devait y être pour 4 jours, on est restés 6 jours. On avait même nos habitudes. Notre stand de chai. (Où les hommes laissaient la place à Do pour qu’elle puisse s’asseoir, des vrais gentlemens) Notre pâtissier. (Où on achetait des gâteaux à base de beurre clarifié, trop sucrés, vraiment bons) Notre restaurant de thali préféré. (Le thali est un plat de riz avec plein de curry différents, ça se mange avec la main droite.) J’avais même mon cordonnier qui a réparé mes gougounes achetées en Birmanie (en passant, gougounes approuvées par nul autre que Jean Airoldi, homme de goût et de tendance.). Il n’y avait pas une journée sans qu’il me dise bonjour avec son plus beau sourire et son plus beau waggle. En plus de tout ça, les gens viennent à Mysore pour visiter le palais de maharaja en plein coeur de la ville. Et faire du yoga dans les ashrams les plus réputés du pays, mais nous on fait pas ça du yoga. On a aussi vu vache #436 qui imitait Gregory Charles en beuglant « Chabada ». (Mention spéciale à cette vache qui beuglait « Chabada », beaucoup plus dur que de dire « Chabada » en rotant) À Mysore, on était une minorité visible. Il n’y avait pas énormément d’étrangers dans le coin. Et les gens nous reconnaissaient, ils venaient nous parler sans rien demander en retour. Et les quelques arnaqueurs un peu pathétiques qui demandaient quelque chose en retour étaient faciles à reconnaitre (tsé quand le gars parle plus de 5 mots en français, c’est un très bon indice qu’une belle « crosse » s’en vient), et avec notre belle experience en Asie, on a appris à les sentir à un mille à la ronde et à s’en débarasser assez aisément. Tellement aisément, que parfois, ils semblaient presque déstabilisés par nos réponses absurdes… Je pense qu’on a appris à « bullshitter » les arnaqueurs. On a appris à rendre ça drôle et à prendre ça à la légère au lieu de se fâcher et de se frustrer pour absolument rien. Bref, à Mysore, on a pris le temps de comprendre la game. (Combien d’entre vous ont essayé de dire « Chabada » en rotant?)

Et pour ce qui est de la réponse à la question « Pis c’est comment l’Inde? », j’ai pris 2 semaines avant de lui répondre ceci:

« À date, disons qu’on prend notre temps, l’ami! »

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