Asie / Inde

Un monde de chameaux et de moustaches

J’entends déjà votre question : « Pis comment a été votre train entre Mumbai et Ajmer dans la classe la plus basse? »

Hé bien, ce trajet de 20 heures (sans retard) n’était pas si mal par rapport à ce que l’on appréhendait. C’est sûr qu’il y avait des gens qui n’étaient pas autorisés dans le wagon qui ont dormi sur le plancher ou ont passé la nuit assis sur une fesse au bout de notre couchette, des enfants qui ont pleuré pendant la nuit, des zozos qui ont écouté leur musique sur leur cellulaire qui sonne cacanne, un bébé sans couche la zizine à l’air qui pissait sur les bancs… Bon, même si ça semble épouvantable à lire, c’était vraiment pas si pire que ça. De toute façon, ça fait longtemps qu’on n’a plus de bulle. Donc on considère que ça c’est très bien passé. Mieux que ce que l’on pensait! On a même eu une bonne nuit de sommeil. On a été une curiosité, on a dû répondre aux milles et une questions de routine des Indiens qui sont vraiment curieux. Oubliez la retenue, ici en Inde, on pose les vraies questions, on va direct au but, sans filtre. On a été pris en charge par les filles qui étaient dans notre compartiment. On voyageait avec une gang d’enseignantes de Mumbai qui s’en allaient en vacances dans le Rajasthan. Où étaient les maris? Hé bien, deux étaient présents, mais les autres restaient en ville pour travailler. Do était pas mal contente de voir des jeunes filles si émancipées dans un pays où la valeur des femmes n’est pas toujours reconnue. Bref, ce fut une agréable expérience que je recommanderais à ceux qui n’ont pas de problème à voir leur bulle éclater. Parce que ça vaut la peine. Mais tsé, si tu es du genre à stationner ton char à l’autre bout du parking quand tu vas aux Promenades de Sorel pour pas te le faire poquer, oublie ça, oublie le projet d’aller en Inde, arrête d’y penser, tu t’épuises pour rien.

Jean-D frais et dispo après 20 heures de train

Jean-D frais et dispo après 20 heures de train

Mais bon, on n’était pas vraiment top shape quand on est arrivés à Ajmer, dans le Rajasthan. Alors quand on est sortis de la gare, ça nous a pété dans face. Du monde. Du trafic. Du tout-croche. Mumbai était beaucoup plus calme. Mais de toute façon, Ajmer n’est pas reconnue comme étant la ville du siècle à visiter absolument : le Rajasthan a beaucoup mieux à offrir. En effet, car notre arrêt à Ajmer était un prétexte, c’était notre porte d’entrée pour aller à Pushkar. Comme les fois où j’allais à la petite disco de l’École Au Petit Bois en sixième année; je n’y allais pas pour danser sur une toune de Ace of Base. C’était plus un prétexte pour m’empiffrer de chips bar-b-q sur une toune de Kriss Kross. Il faut dire que j’étais un piètre danseur, mais asti que j’aimais ça des chips bar-b-q. Le Rajasthan et la disco de l’école Au Petit Bois, même histoire, même combat…

Je vous avertis tout de suite, dans les prochaines lignes je vais vous parler (beaucoup) de chameaux. Faque si vous aimez pas les chameaux, vous allez être déçus pas mal. Pis en passant, si vous avez une opinion négative sur les chameaux sans en avoir rencontré un, vous faites assurément de la mauvaise foi. Parce qu’un chameau, ça doit être l’animal le plus cool, le plus relaxe, le plus hautain du monde. Un chameau, ça regarde les gens du haut de son 7 pieds. Un chameau, c’est l’ami cool qui parle pas, mais qui est toujours là. Pour les Indiens, un chameau c’est aussi un membre de la famille. Ils en prennent soin. Ils les décorent. Et si tu es un Indien et que tu veux un chameau, c’est super simple, tu dois te rendre à la foire annuelle de chameaux de Pushkar. Tsé, si tu veux un disque de Sylvain Cossette, tu vas à la foire des disques de Sylvain Cossette, faque évidemment si tu veux un chameau, tu le sais où aller. Ne va pas à la foire des hamsters, parce que tu vas voir que se promener à dos de hamster dans le désert, c’est pas ben ben commode.

Durant cette foire, c’est évident que tu vas voir des milliers de chameaux colorés et décorés. Les Indiens les magasinent comme si c’était un char. Ça négocie beaucoup. Il y a un gars qui a essayé de me vendre sa bête. J’ai dû décliner l’offre à contrecœur. Un beau chameau 2012, 140 000 km, jamais sorti l’hiver, vient avec 4 fers d’hiver à clous. Ce fut un moment brise coeur. Et comment ça vaut un chameau en moyenne? À peu près 1000 $US. Et sur place, il n’y a pas qu’un marché de chameaux, les Indiens ont aussi la chance de magasiner des chevaux. Encore une fois, un jeune homme a essayé de m’en vendre un. « Namasté! Mon poulain va devenir grand. Le voulez-vous, monsieur? » Avec un speech de vente comme ça, comment refuser! Mais bon, je pense que j’aurais eu un peu de difficulté à le ramener à la maison…

Mais Pushkar n’avait pas que des chameaux à offrir, car c’est aussi une ville sainte. Elle est construite autour d’un lac sacré, où l’on retrouve sur sa rive des ghats. Qu’est-ce qu’un ghat? C’est un grand escalier qui descend dans le lac, afin que les pèlerins puissent se purifier dans ce dernier. C’est très sacré. C’est très beau. C’est très atmosphérique. Pushkar n’est pas une grande ville, donc c’est très facile d’y circuler à pied. Anyway, toutes les rues sont piétonnes, même si des motocyclistes aiment bien zigzaguer entre les gens. Heureusement, ils ne sont pas trop nombreux. Même si on est dans la région la plus touristique de l’Inde, on ne remarque pas beaucoup les occidentaux. L’histoire là-dedans, c’est qu’il y a tellement, tellement d’Indiens que nos faces de blancs-becs sont noyées dans la foule. Sauf quand on allait aux festivités tenues au stade municipal. Il y avait des compétitions entre Indiens et étrangers, comme un concours de nouage de turban ou un match de criquet. Les Indiens raffolent de ça. Ils adorent regarder les touristes essayer de faire des choses qui sont pour eux tellement évidentes. Les touristes sont maladroits, les Indiens rient de bon coeur, les touristes aussi. Pas besoin de parler la même langue pour avoir du gros fun ensemble! Il y avait aussi des courses et des danses de chameaux. Et bien sur, le traditionnel concours de moustache, qui je crois, est la chose que les Indiens adorent le plus après le chai. Une belle moustache bien garnie, ça fait tripper l’Indien moyen, je pense.

On a adoré Pushkar et ses rues étroites remplies de gens. Mais on a aussi beaucoup aimé Bundi. Moins touristique que certaines villes du Rajasthan, Bundi rentre sans surprise dans mes coups de cœurs. Une ville avec un immense marché très animé, mais où c’est facile de se trouver un coin tranquille dans les labyrinthes remplis de vaches et de cochons que forment les ruelles. On y retrouve un fort sur le flan de la montagne. Où on a goûté le meilleur lassi de l’Inde, d’ailleurs. Notre hôtel était un haveli, c’est–à-dire une ancienne maison de riche transformée en hôtel avec une cour intérieure. Ce qui est bien au Rajasthan, c’est qu’on retrouve des havelis du genre partout à des prix ridicules. La grosse vie pour pas cher, quoi! (En fait, l’Inde est le pays le moins cher qu’on a visité, suivi de très, très près par le Vietnam. Et je ne sais pas si c’est un hasard, mais les deux pays les moins chers offrent la meilleure bouffe!) Et pour ajouter une petite touche de romantisme, Kippling a écrit Le livre de la jungle dans le manoir situé sur la montagne qui surplombe la ville, à mi-chemin entre le palais et le fort. Et pour ajouter une petite touche de chaleur, les gens de Bundi sont vraiment la crème de la gentillesse indienne. Ils adorent discuter avec les étrangers. On y a passé 6 jours, et plus les journées avançaient, plus les gens nous reconnaissaient. On marchait et ce n’était pas rare d’entendre : « Hi Daniel, Hi Miss Dominique, how are you today? ». Et pour ajouter une touche animale, on a assisté encore à une course de chameau. Et bien sûr, pour ajouter une touche poilue, un autre concours de moustache. Ils trippent vraiment trop sur les moustaches. Pour eux, quand ils nous voient faire le Movember, ils trouvent ça « cute » de nous voir nous laisser pousser une moustache pendant un mois, pis ils se disent : « Wow! Big deal, les foreigners! »

Pushkar et Bundi ont mis la barre haute pour le Rajasthan. Malheureusement, la mauvaise réputation de l’Inde provient majoritairement d’ici. Et pourtant, rien de ce que nous avions entendu de négatif ne nous est arrivé. Ce dont on entend parler souvent ce sont les arnaques. Paraîtrait-il que les Indiens ne veulent que notre argent au Rajasthan… C’est sûr que l’Inde ce n’est pas l’Europe, ni la Thaïlande, il faut bien faire ses devoirs. Un guide de voyage (je parle ici d’un livre) n’est pas superflu, car on a rencontré des voyageurs qui étaient au-dessus de ça, les guides de voyage. Ils disent qu’ils veulent vivre le « moment présent », que c’est « plus excitant », que « l’Inde c’est épouvantable », que « les Indiens te voient comme un signe de piasses ». Peut-être… Mais moi, je trouve qu’un guide de voyage ça permet de mieux profiter de son voyage. Et je trouve que je profite assez du moment présent depuis 14 mois consécutifs. Et puis j’ai des petites nouvelles, on est pas des Christophe Colomb ou des Jean Cabot, là. On découvrira pas un nouveau continent inconnu avec des aborigènes vierges du monde moderne, juste parce qu’on a pas de guide de voyage. Inquiétez-vous pas, il y en a beaucoup de gens qui ont foulé le sol de l’Inde, du Vietnam ou du Sri Lanka bien longtemps avant nous. La planète a déjà été explorée à maintes reprises par beaucoup d’autres gens.

Mais le plus important dans un guide comme le Lonely Planet, le Rough Guide ou bien le Routard (bonjour aux cousins français), ce ne sont pas les chapitres des hôtels et des restaurants ou des choses à visiter, non, ce sont les chapitres du début et de la fin. Tsé, ceux qui parlent du pays, des enjeux politiques, des religions, des cultures différentes, des « do » et des « don’t ». Et des fameuses arnaques. Ça vous prépare au pire. Et après, tu utilises le bon sens sur place. Et les arnaques en Inde peuvent être fréquentes. Et subtiles. Comme par exemple, le classique, tu te rends à la gare pour prendre ton train avec ton billet en main, un gars t’arrête, il te dit que ton train est annulé et que tu dois prendre un chauffeur, un guide, une femme de ménage, un clown, Marie Carmen et 5 pingouins pour un prix exorbitant, mais tu as perdu tes repères, tu te sens comme une petite bête, tu tombes dans le panneau et tu acceptes sans trop connaître la raison pourquoi une femme de ménage, un clown, Marie Carmen et 5 pingouins devraient t’accompagner dans ton parcours. C’est pour ça, pour éviter ce genre de mésaventure frustrante et plate, qu’un guide de voyage est nécessaire.

Personnellement, on a jamais eu de mauvaises expériences, mais vu que nous sommes des voyageurs très très lents, on a le luxe d’avoir beaucoup de temps, donc on prend le temps de faire les choses par nous-même. Alors on peut comprendre la perte de repères et les frustrations, surtout quand t’as pas le temps de prendre le temps, même si tu as lu ton guide et surtout en Inde. La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Et je comprends que ce doit être facile de tomber dans le panneau. Ces petits gars-là, ce sont des pros, c’est leur job de faire ça, ce sont des charmeurs, ils connaissent ton pays, ils savent trop de mots en français, en espagnol ou en hébreu, ils sont drôles. Ils savent choisir leurs cibles. Avec un peu d’expérience, on les reconnaît tout de suite. Je vous le dis, il faut faire ses devoirs avant d’aller en Inde. Faites pas comme notre ministre de l’éducation Yves Bolduc, et prenez le temps de lire votre livre. Anyway, votre guide de voyage va vous donner plus le goût d’aller en Inde que si vous basez votre opinion du pays sur les médias ou les histoires d’horreur de certains voyageurs. Mettez toutes les chances de votre côté, l’Inde vaut beaucoup plus que cette mauvaise réputation. L’Inde se mérite, elle est facile à détester, mais elle est encore plus facile à aimer. Parce qu’aussitôt que tu tombes en amour avec le pays, c’est un étrange feeling, mais tu sais que c’est pour la vie! C’était ma petite parenthèse! Allons, revenons à nos chameaux.

Après avoir été charmés par Pushkar et Bundi, nous nous sommes retrouvés à Bikaner, une ville chaotique située en plein coeur du désert. Dès qu’on est arrivés, on a vu une quantité innombrable de chameaux circulant dans la ville. Sauf que là, ils ne sont pas utilisés pour transporter des touristes. Ils sont utilisés afin de transporter des matériaux à l’aide d’une remorque. Donc, ici, sur la construction quand tu attends ta livraison, tu attend pas le truck de livraison, mais le chameau de livraison! Pis si il y a du retard pis c’est en hiver, le livreur doit sûrement dire « Namasté! Mon chameau voulait pas partir à matin. » Ou « Je suis en retard parce que mon chameau était pris dans le banc de neige, tsé, ils déneigent pas sur le Plateau! » Et tout près de Bikaner, on a visité le temple des rats, ce qui était un bonus dans notre parcours. Hé oui, un temple où sont vénérés les rats, des milliers de rats. Assez étrange comme attraction. Étrange mais intéressant. Et on doit marcher nu pied parmi ces derniers. Si un rat saute sur ton pied, ça signifie la bonne fortune. Je n’ai pas été chanceux, heureusement… Mais l’ultime raison de notre présence à Bikaner, c’était un safari dans le désert à dos de chameau. Avec une nuit de camping dans le désert. Vous savez, il y a des gens qui ont le mal de mer, mais moi, après 2 heures à cuire sous un soleil intense, je crois que j’ai eu un mal de chameau! Après 4 heures de chameau, j’étais content d’arriver à notre camp. On a bu un chai au coucher du soleil dans le désert avec des chameaux qui mangeaient (très bruyamment) leur moulée sec (messemble qu’avec du lait, ça aurait été meilleur). Un moment assez unique quand on pense que l’hiver s’installe au Québec… Mais dès que le soleil disparaît, oubliez la chaleur, c’est glacial. Ce n’est pas un mythe. Dans notre tente, même avec deux épaisses couvertures, on gelait. On a quand même bien dormi. Mais disons que j’ai eu mon lot de chameau.

Mais nooon, je ne suis pas vraiment tanné des chameaux. Je trouve cette bête assez noble et très surprenante. Ici, dans le Rajasthan, cet animal fait parti des traditions depuis longtemps. Il est un membre de la famille à part entière. Mais la vie moderne a commencé à changer les mentalités. Les gens sont moins intéressés par les bêtes. La vie d’éleveur ou de fermier est beaucoup plus dure que d’aller travailler en ville. Et pour ces raisons, la population de chameaux a diminuée énormément. Si on recule dans le temps, il y a 5 ans, il y avait le double de ce que l’on a vu à la foire de Pushkar. Certains organismes essaient d’aider les éleveurs à œuvrer dans un nouveau secteur, comme par exemple, dans la commercialisation du lait de chameau pour faire des savons et non pour boire avec des Oreos (pas sur que le lait de chameau soit super bon. En passant, c’est quoi le féminin du chameau? Une chamelle??) ou la laine pour faire des vêtements. Car plusieurs éleveurs vendent leurs bêtes pour la viande. Hé oui, de la viande de chameau pour faire des hot camel ketchup-relish-moutarde ou des Sheesh camel. C’est une triste réalité pour ces gens. Surtout quand tu vends un membre de ta famille. Surtout quand tu sais combien ils aiment leur chameau. Surtout quand tu sais que c’est une fierté d’en avoir un.

J’ai rencontré des chameaux en personne pour la première fois au Rajasthan. (Ok, la première fois, c’était au zoo de Granby mais ça compte pas) Une région magnifique (pas le zoo de Granby, là, je parle du Rajasthan) qu’il ne faut surtout pas ignorer. Encore moins, en avoir peur. Oh oui, les gens sont gentils et honnêtes. Aucune arnaque n’a été enregistrée durant notre parcours ici. Ni depuis notre arrivée en Inde, ni ailleurs en Asie depuis 14 mois. Le Rajasthan est une richesse du patrimoine indien avec ses villes médiévales, ses nombreux forts et ses gigantesques palais de Maharaja. Le Rajasthan, c’est un monde de chameaux et de moustaches. C’est presque le summum pour les hipsters du Mile End, sauf sans cappucino dans un café aux allures vintage, sans jeans trop serrés, sans chemises à carreaux, sans lunettes noires trop épaisses, mais avec des chameaux pis des messieurs moustachus. Le Rajasthan pis le Mile End, même histoire, même combat…

Bon, c’est quand qu’on va le voir le fameux Taj Mahal, là?

Ça s’en vient, sauf que mon train pour y aller a été annulé, en tout cas, c’est ce que le gentil jeune homme avec une belle moustache bien garnie qui parlait un peu français et qui connaissait la capitale du Canada à l’entrée de la gare de train de Jaipur nous a dit. Il nous a fait une bonne blague en français : « Si vous voulez aller à Toronto, le train a été annulé, hahaha ». Il a ri, on a ri, il nous a offert un chai à son bureau, on a été prendre un chai à son bureau, faque finalement on a pris un chauffeur qu’on a payé un prix raisonnable de 700 $US (ben quoi, il a dit le chiffre en français) avec un guide, une femme de ménage, un clown, Janine Sutto (Marie Carmen était sur une autre run) et 5 pingouins pour aller au Taj Mahal…

Asti, j’aurais peut-être dû lire mon guide…

le temple des rats tout près de Bikaner

le temple des rats tout près de Bikaner

 

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