Asie / Europe / Grèce / Inde

Retour dans un monde (presque) connu

Jour 1 : Dernier jour en Inde (10 décembre 2014)

L’intense pollution de Delhi pogne à la gorge. Toute la nuit, ça me démange. Je ne dors que 2 heures. Mais c’est comme ça chaque fois que je prends un transport tôt le matin. À 5h, notre taxi nous attend. Et on traverse Delhi à la noirceur. Les dernières images de l’Inde sont dures. On voit une quantité incroyable de gens qui dorment dans la rue. Les nuits sont froides ces temps-ci en Inde. C’est pas jojo… On croise aussi beaucoup de quartiers sécurisés (j’arrête de compter après 4, tellement il y en a, un peu comme les disques de reprises de Sylvain Cossette.). Toujours ces genres de paradoxes en Inde, toujours! On arrive à l’aéroport international. Moderne, propre, et des télés promeuvent avec fierté le message indiquant que c’est un aéroport zéro-bruit. C’est vrai, tout est calme. Pas de klaxons, pas de bouses de vaches, pas d’odeurs bizarres. Quand on réalise ça, on ressent un clash. Un clash surréel. Ce matin est étrange. En plus, on quitte l’Asie après 14 mois, et on est un peu déstabilisés; ce soir, nous serons dans un monde qui ressemble (plus) à ce que nous connaissons. Les choses seront différentes.

Le trajet d’aujourd’hui est simple : Delhi-Doha, ensuite Doha-Athènes. En tout, on en a pour un petit 8 heures facile. Et cette fois, on se sent en vacances. Aucun stress. Aucune peur. On s’en va relaxer un peu. Et ça commence dans l’avion. On prend un verre de vin… Ok, je sais, ça ne vous impressionne peut-être pas, mais notez bien qu’on a diminué notre consommation d’alcool d’environ 99% en Asie. Et la dernière fois qu’on a bu du vin, c’était en juin dernier, dans un vignoble en Birmanie. (Notez aussi que je n’ai pas dit « vino », parce qu’on s’entend-tu pour dire que ça fait pas mal 2012, presque limite douchebag, même Jean Airoldi, le roi du 450, vous vomirait une sale contravention de style juste pour avoir dit ça dans une salle de bowling.) On a donc quitté l’Asie, le soleil, et la chaleur pour la pluie et le froid. Comme nous l’a si bien dit le pilote avec sa voix de grenouille blasée (c’est-tu moi, ou ben la plupart des pilotes quand ils parlent dans le micro, ont l’air de se dire ‘Crisse de job de marde, pis surprenez-vous pas que si on se crash, c’est parce que je dormais à cause d’la brosse d’hier soir’?) : « Winter has arrived in Greece this morning!« . Une chance qu’on est équipés, peut-être pas pour veiller tard, mais au moins, on l’est un peu!

Jour 2 : L’osti de margarine pas salée (11 décembre 2014)

Il pleut. Parfois, Zeus est un peu en crisse, faque il nous envoie 2 ou 3 éclairs assez intenses de suite. On met des sacs de plastiques dans nos pieds pour éviter d’avoir les pieds trempés et pogner une pneumonie, ou le scorbut. Robocop (et/ou Janine Sutto) rouillerait tellement il pleut. Mais on a un éclairci durant le dîner et on a pu manger un gyros au Monastiriki Square avec l’Acropole en arrière plan. Il manquait seulement une trame sonore de Nana Mouskouri pour vivre l’ultime expérience grecque. On prend ensuite un cappucino dans un café, sur une terrasse avec de la musique de Noël en arrière plan. À ce moment précis, je vis un choc culturel. C’est dur à traduire. C’est comme si je me sens imposteur. Je réalise qu’il y a à peine 24 heures, on était en Inde. On est soudainement tellement rendu loin de l’Asie. Je me sens maladroit et gauche. On a pris des habitudes très asiatiques, qui ne sont pas très occidentales… On waggle sans s’en rendre compte, on rentre dans la bulle du monde dans les files d’attente pour pas se faire shifter, on a le réflexe de dealer les prix… Je réalise vraiment que nous avons passé 14 mois à apprendre à penser d’une autre manière, et c’est ici qu’on s’en rend compte. Il y a aussi quelque chose d’étrange à ne plus être la minorité visible et à avoir échanger les nombreuses manières de vivre en Asie pour l’Occident. Je culpabilise (un peu) aussi pour le confort qu’on a, comme si je trahissais ou comme si je crachais sur la gang avec qui j’ai passé la dernière année.  Mais je suis assez lucide pour reconnaître que je ne peux renier ce confort qui nous a parfois souvent manqué en 14 mois (même Jean-François Breau et Marie-Eve Janvier nous ont manqué… Heu… non, crissement pas, pas eux…). Et même si je le reniais, ça ne donnerait pas grand chose en retour aux Indiens, aux Philippins, aux Birmans, pis à tous les autres. Notre Occident est comme ça, c’est tout. Nos sociétés occidentales sont basés sur le confort. On l’aime comme ça, et je ne l’échangerais pour rien au monde. Ma maison, c’est Montréal, c’est le Québec, c’est la chose la plus sûre que j’ai réalisée dans ces 14 mois. Et je vais me réhabituer sûrement à notre Occident, je ne sais pas combien de temps ça prendra. Tsé, j’ai quand même passé 31 ans de ma vie en Occident, ce n’est pas un petit 14 mois qui va changer la donne… Quoique… Mais là, je me sens un peu désadapté. Je me dis qu’on est chanceux d’avoir les moyens d’arrêter ici avant de rentrer à la maison.
Mais quand même, la Grèce reste exotique. Comme nous louons un appartement à Athènes, on fait notre épicerie au marché du coin. C’est un casse-tête, parce que toutes les étiquettes des produits sont écrites en grec; pas d’anglais, ni de français. C’est plus laborieux qu’en Malaisie quand nous avions notre appartement à Kuala Lumpur ou qu’en Inde quand on s’est acheté des kits d’épice de préparation de bouffe indienne. Tous les produits des épiceries sont écrits en anglais dans les 2 cas. Ici, on est devant le dairy depuis 10 minutes à essayer de trouver le beurre salé en comparant les étiquettes et les lettres.  Finalement, à l’appartement, on se rend compte que c’est de l’osti de margarine pas salée…
Écriture grecque : 1, Jean-D et Do: 0.
Beurre salée : 0, Osti de margarine pas salée : 1 + un ‘Fuck You les touristes’

 Jour 3 : Les Grecs (12 décembre 2014)

Il pleut encore. Je sais pas ce qu’il a Zeus, mais il braille encore. On va au marché des fermiers à côté de notre appartement avec Pantelis. Lui, c’est le proprio de notre appartement. Aussitôt qu’on l’a rencontré, on est tombés sous le charme. Grand colosse de 6 pieds, cheveux longs, journaliste, un peu bohème, Pantelis est un gros nounours. Totalement le contraire du p’tit gros des Classels. Impossible de ne pas apprécier cet homme. Et si les Grecs sont tous comme lui… Mais en effet, on s’est rendu compte que tous les Grecs rencontrés au marché sont comme lui, hyper accueillants et chaleureux. Vous savez, c’est un tout petit marché local, rares sont les étrangers, donc la rumeur fait le tour. Il manque juste Francis Reddy qui trippe trop sur une tomate en se frottant avec de l’huile d’olive. On commence à réaliser que l’Asie est terminée, et on s’ouvre tranquillement à l’Europe. On est fatigués, on sent que les derniers 14 mois sont derrières nous et que là, nos esprits sont en vacances. Notre manière de penser a changé : on ne prend pas l’Europe comme on prend l’Asie. Aujourd’hui, après la visite du marché, on dort toute la journée. Entre deux siestes, on essaie d’apprendre (un peu) à parler le grec et à le lire grâce à YouTube, parce que ça nous tente plus de se faire niaiser par de la margarine pas salée. Et on finit tout ça dans une taverna (restaurant typiquement grec), avec un menu uniquement en grec… Ouin, je pense que nos leçons youtubesques ne sont pas vraiment à point. Mais on mange bien, trop bien. On est loin du Vieux Duluth de Brossard. On commence (un peu trop) à aimer la Grèce. Faque tsé, si tu vas au Vieux Duluth pis que tu dis ‘Wow, c’est bon la bouffe grec surtout le riz pis les crevettes avec du fromage mozarella’ et que tu dis ‘Le Vieux Duluth, c’est un Apportez-votre-Vino’, un conseil, oublie la Grèce, continue à te pomper le chest et va manger des eggrolls en pensant que les Chinois mangent ça depuis la découverte du feu!

Jour 4 : Profiter de la ville (13 décembre 2014)

Il fait beau, sacrément beau. On profite des terrasses. On prend un café grec sur une belle terrasse dans Plaka, le plus vieux quartier d’Athènes (et le plus touristique et le plus beau). On bouffe des gyros. Et on erre dans les rues. Athènes déborde de chats partout; nous, on capote ben raide. Une chance que ça déborde pas de petits François Paradis qui veulent se faire flatter, parce que sinon ça serait vraiment désagréable. On finit notre journée à manger des mezedes (plusieurs petits plats, l’équivalent des tapas espagnols, mais version grecque) dans une taverna, avec un menu en grec. Pourtant, on commence (un peu) à lire le grec. Sauf que c’est bien beau le lire, mais encore faut-il savoir ce que ça veut dire… Tsé!

Jour 5 : Apprendre à s’accrocher les pieds (14 décembre 2014)

Encore du soleil. Une température agréable. Ça tourne autour du 15 degrés Celsius. On vit notre automne. Athènes est bondée, c’est la fin de semaine. Les terrasses sont pleines. Les gens sont heureux. On découvre des cafés et des tavernas vraiment intéressants. On commence à penser à augmenter le nombre de repas par jour, parce que c’est vraiment trop bon, agréable et convivial, et que nos 3 repas ne sont pas suffisants. On commence aussi à penser à rester ici pour toute la vie au complet jusqu’à l’infini. Imaginez : une maison sur une île grecque au bord de la mer à manger des olives et boire du vin pendant des siècles et des siècles. Amen!… Mais bon…
On découvre le quartier de Psiri au nord de Plaka. Un quartier populaire qui voit son achalandage augmenter car beaucoup de tavernas s’y implantent à cause des coûts de location bas. C’est très local, c’est très grec, c’est rempli de chats. On capote. L’Europe nous a manqué, ça fait depuis 2010 qu’on est pas venus. On passe notre journée à manger et à boire. On oublie d’aller visiter l’Acropole, ça fait quand même 4 jours complets que nous sommes ici. Bon, on va y aller demain.

Jour 6 : Le jour où on visite enfin l’Acropole (15 décembre 2014)

On visite (enfin) l’Acropole. La seule chose sur notre check-list de choses à voir. C’est intéressant, mais ce n’est pas comme visiter le Taj Mahal ou Notre-Dame-de-Paris. Si vous êtes un fan d’archéologie, vous allez capoter, parce que l’Acropole est entrain de se faire reconstituer depuis des années. Bref, ça ressemble à un chantier de construction. Un beau chantier, quand même. Ça me fait penser que bientôt je vais devoir échanger mon sac à dos pour un sac à clous… Mais bon, on arrête de penser, on est dans un mode plus relax, et on commence à être un peu blasés de visiter des musées, des monuments ou autres attraits touristiques. Surtout ceux en rénovation! On préfère s’accrocher les pieds dans un café ou dans une taverna, ce que l’on fait avec brio. Avant d’atterir ici, on voulait un appartement pour pouvoir faire la cuisine… Sauf que la bouffe et l’atmosphère d’Athènes sont beaucoup plus inspirants que de manger du ti-spaghetti blanc à l’ail à l’appartement.

Jour 7 à 13 : Vivre comme les Grecs (16 au 22 décembre 2014)

Bon, ok, on mange, on boit, on mange et on boit. Vous voyez le pattern? C’est comme un Décore Ta Vie, sauf que tu décores ta yeule avec de la bonne bouffe sur une base quotidienne pis tout ça sans Saskia Thuot. Le beau temps nous permet de profiter des nombreuses terrasses et d’y rester tout l’après-midi. On prend le beat des Grecs. On va manger dans une taverna avec Pantelis, un lundi soir‘It’s a secret place, it’s an authentic greek taverna’ se vante Pantelis. La taverna située dans un sous-sol est bondée, des musiciens assis à la table voisine l’animent avec du ‘blues’ grec. Un mélange de raki (alcool à base de raisins) et de tabac flotte dans l’air. Les Grecs mangent en dansant sur l’air que les musiciens nous offrent. Pantelis nous dit avec un léger sourire enivré de raki : ‘ That’s the spirit of Athens!‘ Plus tard dans la soirée, Pantelis nous dit avec un léger sourire énormément enivré de raki et d’amertume : ‘Before the crisis, Greece was like that, but it was even better. Can you imagine it before?‘  J’ose imaginer une Grèce avant la crise, j’ose même me dire que les Grecs, malgré tout, respirent une joie de vivre, ils savent prendre le temps d’apprécier ce qu’ils ont. J’ose même m’imaginer que Sylvain Cossette en duo avec Kathleen, ça pourrait être bon, mais c’est de courte durée, je regrette d’y avoir penser, et je bois du raki pour tout oublier.
Bref, on a profité d’Athènes comme elle mérite d’être profitée… heu… quelque chose comme ça… Plusieurs visiteurs qui ont été à Athènes vous diront que ce n’est pas une ville si agréable et que 2 ou 3 jours, c’est assez. J’avoue que c’est loin d’être Paris ou Bruges, mais il faut aller au-delà des grafitis et sortir du beau quartier Plaka où se retrouvent tous les attraits et les restos attrape-touriste. Mais aussi, on revenait de Delhi, et je crois que ç’a aidé dans la balance. La capitale hellénique possède de merveilleux quartiers avec des tavernas simples mais efficaces, qui offrent vraiment d’excellents mezedes. Mon quartier préféré a été sans contredit Psiri. Mais je suis aussi de nature à aimer et à soutenir les artistes, les marginaux et les gens rebelles qui ont des convictions et qui savent les défendre, et c’est ce genre de gens que l’on retrouve dans le quartier Exarchia. Quartier où les policiers n’osent pas s’aventurer sans raison valable (selon une loi non-écrite), car sinon, les résidents vont leur faire savoir… Il faut découvrir la manière de vivre athénienne, au même titre que New York et Paris. Être athénien est un mode de vie; leur culture, leur philosophie, leurs valeurs, leur coté rebelle font la couleur et la saveur de la ville. Et ce mode de vie-là a été très facile à adopter. Et ça nous a fait du bien. Je suis capable de dire qu’Athènes nous va bien!

Jour 14 : Épilogue athénien (23 décembre)

On quitte Athènes. On quitte Athènes avec le coeur gros. Vraiment gros. Pour plusieurs raisons. Nous quittons Athènes pour une autre destination…
Comme le dit si bien Pantelis avant de partir et en joignant ses deux mains auprès de sa bouche pour envoyer des baisers: ‘Brava Quebec! (c’était mon surnom), I’m proud of you. You’re now a real Athenian, and you’re my friend! Continue to travel!
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