Entre deux avions!

Maison. Home. บ้าน. Nhà. Balay. होम. σπίτι. L’histoire d’un retour.

J’aimerais dédier ce texte à tous ceux et celles qui nous ont suivi, qui nous ont écrit, et qui nous ont compris, à tous ceux qui ont décidé (ou qui décideront) d’affronter leurs peurs, à tous ceux qui reviennent d’ailleurs et à tous ceux qui partiront ailleurs.

Église St-Stanislas du Plateau

 Hé oui, on est revenus…

Pour certains gens rencontrés dans le dernier mois, on revient de longues vacances. Je sais pas s’ils ont raison. Mais je pense pas. À moins que des vacances se résument à tout quitter au Québec, à visiter 12 pays en 439 jours, à prendre le bus plus de 70 fois, à prendre le train plus d’une vingtaine de fois (dont 4 trajets de nuit d’une durée minimum de 20 heures avec des enfants qui pissent partout), à prendre 19 fois l’avion avec 2 histoires de crash de la Malaysian Airlines en arrière-plan dans l’actualité internationale, à prendre une dizaine de ferrys parfois un peu louches, à prendre des centaines de fois des tuk-tuks, songthaew, cyclopousses, taxis, moto-taxi, jeepney, boîte de pick-up  ou autres transports avec des noms douteux, à coucher dans plus de 115 lits différents, à manger toujours dans des restaurants matin, midi, soir pis en manger du calisse de riz, à revenir au pays et à recommencer à zéro. C’est sûr qu’on ne se réveillait pas le matin pour aller travailler, faque vu comme ça, on peut dire que c’étaient des vacances. Mais on se levait pour vivre le moment présent sans que Gino Chouinard nous dise « Salut, Bonjour » le matin. (Au fait, gros choc culturel en arrivant; depuis que Gino a une chocolaterie, il est rendu « cool », ça l’air…)

Bref, à chaque jour, c’était nouveau, spontané, incertain. Chaque jour comportait son lot d’aventures, de rencontres, de nouvelles choses. Chaque petit moment, comme par exemple manger ou parler avec des gens, devenait une activité dont on ne pouvait jamais prévoir la conclusion! Et un moment donné, ça devient fatigant. L’Inde nous bouffait l’énergie qu’il nous restait. Après celui-là, affronter un autre pays en développement était trop pour nous. On aurait bien continué le voyage plus longtemps en Europe, dans un mode de vie plus confortable, mais notre budget ne nous le permettait pas. Donc, on a décidé de terminer le voyage. On voulait profiter à fond de l’Inde, donner tout ce qu’on pouvait donner, tout ce qui nous restait. Et aller relaxer un petit peu en Grèce après, c’est tout! Ce ne fut pas une décision facile, mais on le savait qu’on était rendus là. Alors, je ne crois pas que c’étaient des vacances. Parce qu’il y a eu trop de valeurs qui ont été bousculées durant ces 14 mois. Des vacances ne fatiguent pas autant. C’est sûr qu’être sur la plage aux Philippines ou boire une bière avec un chum qui est venu nous rejoindre au Sri Lanka, ça permet de se sentir relax. J’avoue que vu comme ça, ça ressemble à des vacances. Mais notre quotidien n’était pas seulement fait de moments comme ceux-là.

Parce que chaque pays a sa subtilité. On ne restait pas dans les ghettos touristiques et américanisés, oh non. Ce n’est pas comme ça qu’on apprend sur un pays. On creusait. On allait se perdre un peu. Et tout ça venait avec son lot de questions et de responsabilités… Comment ça marche? Les bus? Les tuk-tuk? Les taxis? Les hôtels? Au resto, on mange quoi, qu’est-ce qu’on commande? Apprendre les mots clés. Apprendre à faire passer ton idée. Do they speak English? Apprendre à dealer tout, tout, tout. Toujours négocier. Gérer notre budget. Flairer les arnaques. Manger de la bouffe qu’on n’a pas le goût de manger; me semble que je mangerais un vrai spaghetti avec la sauce de ma mère à place, mais on peut pas, faque anwaille, manges-en du riz. Prendre un bus défoncé et bondé et puant; me semble que je prendrais mon char avec air climatisé son stéréo habitacle avancé 5 vitesses odeur de char neuf pour aller travailler après que Gino m’ait dit « Salut, bonjour » parce qu’il est « cool ». Ben non, faque anwaille, le chauffeur se fait plaisir pis on dirait qu’il pogne juste les plus grosses bosses parce que je suis assis en arrière entre un bébé qui pleure pis une vieille qui renifle, qui se racle la gorge, qui rote pis qui pète. S’obstiner pour des 30 cennes, pis se rendre compte après que c’est niaiseux de s’obstiner pour ça, mais on continue, parce que c’est comme ça que ça marche. Faire des choix éthiques. Penser à distribuer notre fric aux bonnes places. Avoir une conscience sociale (presque) tout le temps. Éviter de nous retrouver dans le monde du tourisme de masse où se retrouvent prostitution, vols et drogues, ce qui a un impact direct sur la population du coin. C’est malheureux, parce que plusieurs touristes occidentaux encouragent ça les yeux grands fermés et la tête dans le sable juste parce que « je suis en vacances, je le mérite, pis anyway, j’en ai une fois par année des vacances, faque YOLO, merci la vie ».  Être un voyageur responsable, même en vacances, même si on a juste 2 semaines, c’est important pour les communautés locales vulnérables. Respecter la culture des autres, ça aussi, c’est aussi important. Apprendre à se revirer sur un 10 cennes quand on voit que notre plan de match initial est entrain de chier en 2 secondes dans notre face, pis qu’on est loin de nos ressources. Je te le dis, le cerveau spin en sale, surtout si on veut pas dormir dehors. S’adapter toujours à de nouvelles situations qu’on a parfois vraiment pas le goût de gérer, mais on ferme notre gueule, pis on s’adapte. Alors, des vacances? Pas sûr…

De plus, ces pays ne sont pas seulement différents physiquement et culturellement. La manière de penser et les valeurs font que parfois, on se sent perdus dans tout ça. Alors, on a appris à se déprogrammer. On a appris à s’adapter. On a appris à se situer dans l’espace-temps. On a appris à choisir nos batailles. On a appris à apprivoiser ce monde qui est totalement différent de nous. Et on a compris que leurs manières de penser et leurs valeurs sont aussi valables que les nôtres. Que parfois, même souvent, ils ont plus de bon sens que nous, les petits Occidentaux blancs becs avec notre vérité absolue de la vie que l’on impose au monde entier. Ils vont me manquer ces salauds d’Asiates! On a rencontré des gens, on a rencontré des histoires, on a rencontré des réalités. Des réalités que nos médias fast food et biaisés prennent un plaisir fou à manipuler, pour créer un mur entre les peuples. Ces sociétés se battent et luttent à tous les jours dans leur propre pays pour en retirer des miettes, afin de mieux se battre et lutter le lendemain.  Et c’est difficile de comprendre ça de notre tour d’ivoire, dans notre grande maison avec le frigidaire rempli à ras-bord, quand on a jamais manqué de rien et quand on se fait bourrer les oreilles de bullshit par les « experts » et les « analystes » de l’actualité internationale qui disent nous informer, mais qui finalement ne font qu’entraîner la peur en marginalisant et en étiquetant les autres… On a développé au cours de cette année beaucoup de compassion, beaucoup de sensibilité. Ils nous ont accueillis à bras ouverts, et ce fut un honneur, un privilège d’avoir passé 14 mois en leur compagnie. J’ai vécu chez eux et j’ai beaucoup appris d’eux. J’ai appris à être déstabilisé, à mettre en jeu mes valeurs les plus profondes, j’ai appris à les aimer, à m’ennuyer d’eux. Toute la gang! Nzoua, Boun Chan, Zdjone, Dragon, Loan, Phally, Jean-Paul, Jayson, Mansi, Kar-Lin, Khen, Jo An, Regina, notre famille adoptive Sri Lankaise et les nombreux Indiens-curieux-que-je-me-rappelle-plus-de-leurs-noms-parce-qu’ils-ont-à-peu-près-juste-des-consonnes-et-28-syllabes-mais-c’est-pas-ma-faute-si-leurs-noms-sont-longs-comme-des-phrases-sujet-verbe-complément-circonstanciel-de-lieu!

Ce qui me rend le plus nostalgique, c’est que cette belle année est terminée. Ç’a passé trop vite. Je suis fier de dire que j’ai été privilégié de faire ce voyage, d’avoir tout quitté pour réaliser ce rêve, d’avoir affronté cette frousse. Je suis heureux d’avoir parcouru le monde avec ma blonde, qui est assurément la meilleure acolyte de voyage! Hé oui, passer 14 mois avec la personne aimée peut être une dure épreuve pour un couple, mais un moment donné, on apprend à utiliser nos forces et nos faiblesses à bon escient. Mais rares ont été les chicanes, même que je n’ai pas de souvenirs. Tout se place. On apprend à se parler, à argumenter, à vouloir que l’autre soit heureux. Ça sert à rien de s’engueuler à l’autre bout du monde. On apprend à devenir plus forts, et c’est ça qui nous a permis d’avoir un beau voyage et d’avoir parcouru l’Asie aussi longtemps. (Ajouter ici les violons, la harpe, pis René Simard et les Petits Chanteurs de Granby.)

Dans le fond, c’est vrai, ils ont raison, ce voyage fut des vacances de notre monde occidental. On est revenus en surprise le 23 décembre, sans que personne nous attende. Et là, 1 mois plus tard, on commence tranquillement à réaliser ce que ce voyage va nous apporter pour les choix futurs. On n’est pas retombés dans nos vieilles pantoufles. C’était décidé ainsi avant de partir. On voulait mettre les choses, l’avenir, notre futur sous une autre perspective, selon ce que nous avions vécu. On a pris un recul, on a pu réaliser ce que nous voulions vraiment. On voulait reprendre notre vie occidentale sur de nouvelles bases. Et à date, on semble bien parti, on revit, quoi! Tel un Éric Lapointe après 2 wake-up, un café gris, qui a roulé toute la nuit, 1500 miles sur des routes de pluie…

Durant ce voyage, on a découvert, on a exploré et on a goûté quelque chose que peu de gens ont vécu. On le réalise depuis notre retour. La liberté! Je ne parle pas ici de la liberté d’expression, de nos droits et libertés, d’être libre de penser, ou d’être libre de fortune. Je parle de la vraie. Celle qui vient avec pas de responsabilités, pas d’obligations, pas de compte à rendre à personne. Il y a quelque chose d’énormément immature dans cette liberté. C’est ça qui rend la chose si précieuse, c’est un luxe! Alors, si être en vacances, c’est être libre pour de vrai, alors je suis preneur.  Je crois que ce sentiment, il sera difficile à retrouver dans les prochaines années, et dans les prochains voyages, car il y aura toujours des comptes à payer, des chicanes pas réglées, des problèmes avec la job, la performance, le stress, la routine….  Anyway, vous savez de quoi je parle, les histoires plates de la vie! À moins qu’on décide de refaire un autre 14 mois quelque part dans le monde, là, je vais sûrement la retrouver facilement… Mais comme le bouddhisme l’enseigne, il faut savoir contrôler notre état d’esprit et faire avec ce que nous avons. Donc, si j’ai bien appris, je pourrais retrouver le même sentiment malgré nos préoccupations occidentales… On verra. C’était la première fois que je ressentais cette liberté. C’est ce qui va le plus me manquer de mon voyage. Je compte travailler fort pour pouvoir revivre ça dans le quotidien de la vie, mais avec un côté plus mature, ce qui signifie accepter les responsabilités, les obligations et les comptes à rendre. Parce que lorsqu’on est libre, rien ne peut nous détruire. Vraiment rien. On est alors prêts à affronter nos peurs.

Et j’ai compris les artistes qui disent que c’est vital d’être sur une scène, j’ai compris les gens qui mettent leurs tripes dans ce qu’ils font parce que c’est une question de vie ou de mort pour eux. Avant, je ne comprenais pas, je trouvais ça cliché, limite quétaine et téteux. J’ai compris dans la dernière année que voyager est un sentiment vital pour moi, au même titre que manger ou dormir. C’est vital, malgré tous les obstacles que nous avons rencontrés. Parce que ces obstacles sont aussi les raisons qui nous poussent à affronter nos peurs. On a appris beaucoup sur nous. J’ai compris que je suis devenu quétaine et téteux, finalement! Coudonc, j’ai presque le goût d’écouter le nouveau disque de Jean-François Breault et Marie-Eve Janvier, pis d’écouter les 6 saisons intégrales non-stop  d’Un Air de Famille, moé là!

Mais j’ai surtout appris et compris que ce voyage va avoir changé ma vie pour toujours.

Allez, tout le monde, continuez (ou commencez !) à voyager! La planète est belle!

Affrontez vos peurs!

Soyez heureux! Soyez libres!


 Cet article conclut notre long voyage en Asie. Merci de nous avoir suivi, d’avoir lu, d’avoir ri, de nous avoir inspiré,  d’avoir aimé nos articles.  Ce fut un privilège de vous partager nos histoires.
Mais ne soyez pas tristes, le blogue et la page Facebook vont continuer. Même les jokes sur Sylvain Cossette vont continuer. Plusieurs gens m’écrivent en privé pour de l’information, pour partager leurs souvenirs de voyage ou pour nous dire simplement qu’ils aiment nous suivre. J’adore vous lire, et je suis devenu accro! Alors, j’ai décidé de continuer.  J’ai plusieurs idées pour le blogue que vous verrez au cours des prochains mois. Les Asiatiques m’ont enseigné à mettre de l’amour dans tout ce que je fais, et ce blogue est un bel exemple. On ne peut pas finir ça comme ça. J’ai encore beaucoup de choses à vous raconter.  Et un moment donné, on va repartir. Et je vais vous raconter de nouvelles histoires!
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2 avis sur « Maison. Home. บ้าน. Nhà. Balay. होम. σπίτι. L’histoire d’un retour. »

  1. C’est niaiseux comment je suis émue à vous lire! Comme si c’était moi qui avais fait cet incroyable voyage. J’ai hâte à la suite, et si vous passez par l’Europe, notre divan-lit est toujours ouvert!

    • T’es fine! Et merci pour l’invitation, c’est pas l’envie qui manque! Comme vous restez là une année de plus, il y a plus de chance que ça se réalise 🙂

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